“Donald Trump et Javier Milei célèbrent”, spécule El Mundo. “Et pas seulement eux : une partie majoritaire du Brésil s’est livrée ce dimanche à la vague de droite dure qui traverse l’Amérique latine”, enchaîne le quotidien espagnol. Dimanche, Flávio Bolsonaro, le candidat de l’extrême droite à la présidentielle, “a frôlé la victoire au premier tour”, note La Tercera, quotidien d’un Chili qui a lui aussi basculé à droite l’an dernier. “Surprise au Brésil”, a titré Clarín, au pays de Milei.
Le vote informatique a permis d’obtenir les résultats rapidement malgré 158 millions d’électeurs appelés aux urnes et toute la soirée, le fils de Jair Bolsonaro - condamné à 27 ans de prison pour Coup d’État - a fait la course en tête, longtemps au-dessus des 50 % qui lui auraient offert le poste sans attendre. “À un moment où les sondages pariaient sur une égalité technique virtuelle entre Luiz Inácio Lula da Silva et Flávio Bolsonaro, pratiquement personne n’avait anticipé cette possibilité”, indique La Tercera. Cela aurait été une première dans le pays depuis 1994.
Mais Lula s’est accroché et les deux politiciens se retrouveront pour le deuxième tour le 25 octobre prochain. Pour l’homme de gauche, seul progressiste aligné, “le chemin est étroit”, prévient El País. S’il a moins de deux points de retard sur son adversaire (45,12 % des voix contre 47,06), “les candidats exclus du second tour sont plus proches de la droite”, précise le journal.
“Le match va commencer. Nous sommes dans les prolongations, et c’est là que nous allons convaincre le peuple brésilien”, a voulu rassurer le président aux trois mandats depuis São Paulo. Pour le New York Times, il devra trouver les arguments pour mobiliser les abstentionnistes, nombreux (20 %) même si le vote est obligatoire au Brésil.
“Bolsonaro semblait avoir le vent dans le dos dans les jours approchant l’élection”, souligne le Guardian, notamment parce que le coût de la vie et la violence ont entaché le bilan de Lula. “Mais les sondages n’ont pas réussi à prédire l’ampleur du triomphe de la droite”, retient le quotidien. L’affaire de corruption qui plane au-dessus de Bolsonaro n’a pas non plus pesé sur son score. “Ce n’est pas différent de ce qui s’est passé avec la plus grande icône du bolsonarisme, Trump, élu malgré une condamnation pénale. Pour rester dans l’exemple américain, Lula a fini par incarner Joe Biden que tous les membres du PT moins éblouis craignaient : un candidat usé”, suggère la Folha de São Paulo, parlant d’une défaite majuscule pour le parti des travailleurs (PT).
Jair Bolsonaro bientôt gracié ?
“Si Bolsonaro est confirmé dans trois semaines comme le nouveau président, le Brésil, la pièce la plus importante, sera tombée : le pays-continent, le dernier d’importance qui a résisté en Amérique du Sud, s’ajoutera à l’Argentine de Milei, la Colombie d’Abelardo De la Espriella, le Pérou de Keiko Fujimori, le Chili de José Antonio Kast et d’autres pays aux mains de la droite dure. Seul le petit Uruguay, avec Yamandú Orsi, est gouverné par la gauche. Le Venezuela, contrôlé par les États-Unis, entre dans une autre catégorie”, analyse El Mundo.
Quoi qu’il arrive, “cette victoire partielle contre le président Lula est un grand triomphe personnel pour Flávio Bolsonaro, qui était considéré comme un candidat faible et qui fait l’objet d’une enquête pour corruption”, estime El País. “Et c’est un triomphe pour le clan, car il renforce le bolsonarisme en tant que référence imbattable de la droite brésilienne”, ajoute le quotidien. Une bonne nouvelle aussi pour le patriarche Jair, dont le fils a promis de tout faire pour le gracier une fois élu. Lui et d’autres condamnés pour la tentative du putsch du 8 janvier 2023.
D’autant que les Brésiliens ne choisissaient pas qu’un président lors de ce que le Corriere della Sera qualifie de “méga élections”. Ils devaient s’exprimer sur les 27 gouverneurs, 513 députés et 54 des 81 sièges du Sénat. Trois autres membres de la famille - Michelle, la femme de Jair ainsi que Carlos et Jair Renan, deux de ses enfants - ont été élus. Et le parti libéral de Bolsonaro a obtenu globalement d’excellents résultats. Ce qui pourrait avoir un impact sur le Tribunal suprême, perçu comme une adversaire. “Parmi les parlementaires élus au Sénat fédéral, au moins 33 défendent publiquement la destitution des ministres de la Cour suprême fédérale”, indique O Globo.
Al-Jazeera a demandé à Andre Pagliarini, chercheur à Louisiana State University et auteur d’un livre sur Lula comment il analysait ce succès inattendu de l’extrême droite brésilienne. “Le projet bolsonariste a un ancrage populaire plus profond que beaucoup ne le pensaient”, a-t-il répondu. “À l’évidence, des millions de Brésiliens considèrent que la droite reflète le mieux leurs valeurs et leur vision pour l’avenir”, dit-il encore. Et il n’est pas certain qu’une personnalité dans le camp progressiste a le profil pour contrer efficacement ce courant réactionnaire lors du prochain scrutin en 2030.
“Ils mentent comme ils respirent” : en Bosnie-Herzégovine, les promesses exaspèrent les électeurs
Commentaires (0)
Laisser un commentaire
Aucun commentaire. Soyez le premier !