Emmanuel Macron a dit espérer que Paris et Londres tisseront « un lien aussi étroit que les fils » de la tapisserie de Bayeux, mercredi 2 septembre, à l’occasion d’une visite au British Museum en avant-première de l’exposition de cette œuvre du XIe siècle illustrant la conquête de l’Angleterre en l’an 1066 par Guillaume le Conquérant, en présence du roi Charles III et de son épouse, la reine Camilla. L’occasion également pour le chef de l’Etat de rencontrer pour la première fois le nouveau premier ministre britannique, Andy Burnham.
Emmanuel Macron avait personnellement décidé du prêt pour un an de la tapisserie au Royaume-Uni lors de sa visite d’Etat en juillet 2025, afin de « revivifier la relation culturelle » et de marquer « la confiance » actuelle entre Paris et Londres. Andy Burnham avait salué d’avance « un moment majeur dans l’histoire » des deux pays. « Alors que nous célébrons notre patrimoine commun, le président Macron et moi-même continuerons à renforcer les liens entre nos deux nations », a-t-il fait part dans un communiqué.
Le président français a déclaré que, « même si nous ne sommes pas toujours d’accord sur tout, nous nous respectons et restons ouverts à la discussion sur tous les sujets, y compris la relance des relations entre le Royaume-Uni et l’Union européenne ». De son côté, le roi Charles III a estimé que le prêt de la broderie au Royaume-Uni constituait un « précieux symbole de confiance ». Le monarque a exprimé « une joie particulière » à voir sur le sol britannique cette tapisserie, qui incarne « l’entente amicale dont nous parlons avec tant d’affection ».
Une « odyssée logistique, diplomatique et culturelle »
La tapisserie est parvenue le 10 juillet au British Museum, malgré les objections de certains experts et défenseurs du patrimoine en France, qui redoutaient une dégradation irréversible de l’œuvre, ce qu’Emmanuel Macron n’a pas manqué de relever en qualifiant l’opération « d’odyssée logistique, diplomatique et culturelle ». La ministre de la culture, Catherine Pégard, s’est réjouie mi-juillet, à Londres, d’y voir ce joyau presque millénaire « en très bon état ».
La tapisserie, longue de 70 mètres et exposée pour la première fois à plat et d’un seul tenant, sera observable par le public à partir du 10 septembre et doit rester à Londres jusqu’au 11 juillet 2027. Lorsqu’elle reviendra à Bayeux en Normandie, dans l’ouest de la France, Emmanuel Macron ne sera plus président.
C’est donc un dirigeant en fin de règne qui rencontre à Londres un premier ministre britannique fraîchement installé. Avant leur visite au célèbre musée londonien, le chef de l’Etat et son épouse, Brigitte Macron, se sont rendus chez le roi et la reine pour une visite loin des caméras, dans leur résidence de Clarence House.
Après la visite de l’exposition mercredi, MM. Macron et Burnham se retrouveront, jeudi, pour un entretien et un déjeuner à Downing Street. Andy Burnham a remplacé mi-juillet Keir Starmer, travailliste comme lui. Le chef de l’Etat est le deuxième dirigeant étranger qu’il reçoit, après l’Ukrainien Volodomyr Zelensky, fin juillet.
« Poursuivre le rapprochement avec l’Union européenne »
Après des années de relations franco-britanniques en dents de scie, le duo Macron-Starmer affichait une certaine complicité, sur le soutien à l’Ukraine comme sur la recherche de solutions pour rouvrir le détroit d’Ormuz, bloqué par la guerre entre les Etats-Unis et l’Iran. La complicité sera-t-elle renouvelée avec Andy Burnham, qui s’est concentré jusqu’ici sur les questions intérieures ? La lutte contre les traversées de la Manche par des migrants sur de petites embarcations reste un sujet central pour Londres.
« Le prêt de la tapisserie est un bel exemple de coopération franco-britannique, cette même coopération qui nous a permis de ramener le nombre de traversées de petits bateaux à son plus bas niveau depuis sept ans », a déclaré, mercredi devant le Parlement., Andy Burnham Le gouvernement britannique, qui a enregistré cet été le nombre le plus bas d’arrivées de migrants depuis 2019, a salué le succès de son accord avec la France, renouvelé pour trois ans en avril.
Les discussions entre les deux dirigeants devraient aussi porter sur l’Ukraine et le Moyen-Orient, et sur la coopération en matière de défense, alors qu’Emmanuel Macron plaide pour renforcer le « pilier européen » de l’OTAN face à un engagement américain de plus en plus incertain. Les deux parties disent également vouloir « poursuivre le rapprochement avec l’Union européenne » engagé par Keir Starmer, dix ans après le Brexit.
Alors que la date du prochain sommet UE/Royaume-Uni reste incertaine, l’Elysée a déjà prévenu : si la France veut aller « aussi loin que possible » dans ce « rapprochement », les Britanniques sont sortis de l’UE, et il est exclu qu’ils puissent choisir les politiques qui les arrangent.