Avant même la parution en 2023 de ses Mémoires – traduits en français par Raymond Clarinard chez Fayard, sous le titre La Vérité sur Facebook –, Frances Haugen a reçu un appel d’Aaron Sorkin. “Le scénariste de The Social Network commençait à réfléchir à un autre projet autour des réseaux sociaux et il voulait avoir son avis”, relate The Hollywood Reporter.

De leurs échanges a résulté The Social Reckoning, film qui sort en France ce 7 octobre (deux jours avant de sortir aux États-Unis). Il a été conçu comme une suite à The Social Network, le biopic de Mark Zuckerberg qu’a réalisé David Fincher en 2010, et qui racontait les années à Harvard du fondateur de Facebook – celles-là même au cours desquelles il avait inventé ce qui devait devenir l’un des réseaux sociaux les plus populaires du monde.

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Dans The Social Reckoning, cette fois écrit et réalisé par Aaron Sorkin, le regard porté sur Facebook est beaucoup plus sombre. Le réalisateur s’intéresse aux enquêtes publiées par The Wall Street Journal en 2021, et qui s’appuyaient sur des milliers de documents internes à l’entreprise que Frances Haugen avait communiqués. Cette spécialiste des algorithmes les avaient copiés alors qu’elle travaillait pour le réseau social.

Parmi les révélations des Facebook Files figurent le fait que l’algorithme favorise les discours haineux et incite les utilisateurs à rejoindre des groupes extrémistes, ou qu’un rapport interne établissait le lien entre Instagram et des problèmes de santé mentale chez les adolescentes.

Un terrible Mark Zuckerberg

The Social Reckoning met en scène Jeff Horwitz (Jeremy Allen White), le journaliste du Wall Street Journal qui a publié la première enquête des Facebook Files, et Frances Haugen (Mikey Madison), la lanceuse d’alerte.

L’ingénieure en informatique a accepté de vendre les droits d’adaptation de ses Mémoires pour le film (qui s’appuie aussi sur d’autres ouvrages). Et elle trouve le résultat à la hauteur, confie-t-elle à The Hollywood Reporter, l’un des magazines de référence à Hollywood. Elle se réjouit que des spectateurs aillent voir le film sans rien connaître de l’affaire, confie-t-elle à l’hebdomadaire :

“C’est toute l’importance du cinéma. Une histoire capable de faire vibrer les gens saura aussi les faire réfléchir. Plus nous avons de moyens d’imaginer des avenirs différents, plus nous nous sentons en droit d’exiger un avenir meilleur.”

“C’est marrant, avant de regarder le film, j’avais complètement oublié à quel point Jeff et moi étions perdus, à un moment. J’avais des intuitions sur certaines choses, mais j’ai dû attendre de tomber sur tel document… ce genre de choses, ajoute-t-elle. J’aime bien qu’ils n’aient pas rendu mon personnage trop omniscient. Ça montre qu’on n’a pas besoin de tout faire à la perfection.”

Elle trouve par ailleurs que le film a le tort de faire de Jeff Horwitz un novice complet, voire un incompétent sur les sujets tech – ce qu’il n’est pas, raison pour laquelle elle s’est adressée à lui. Mais elle reconnaît que son manque supposé de connaissances, à l’écran, est un bon outil narratif pour justifier les nécessaires explications techniques et introduire les spectateurs dans l’univers de Facebook.

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Dans The Social Reckoning, Jeremy Strong (Succession) est terrifiant dans le rôle d’un Mark Zuckerberg tyrannique. Certains détails du film ont fait tiquer Frances Haugen, comme le bureau que le PDG occupe dans le film, avec sa gigantesque baie vitrée. “C’est un peu triste, mais Mark n’irait jamais s’asseoir dans un bureau pareil : une fenêtre aussi grande est trop dangereuse pour sa sécurité.” Le vrai patron du groupe, désormais baptisé “Meta”, ne travaille plus qur derrière des vitres en verre pare-balles.

Pour autant, le film n’est pas dénué d’empathie à son endroit. Ce qui fait espérer à Frances Haugen, avec une certaine dose d’optimisme, une remise en question de ce dernier : “Tu n’es pas obligé de jouer ce rôle-là, dans la société.”