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Géopolitique

Thomas Lindemann et Shoshana Fine, politistes : « A Gaza, la question “est-ce un génocide ?” ne devrait pas épuiser la réflexion politique et morale »

Depuis le cessez-le-feu, signé il y a un an, la multiplication des déclarations et des dispositifs juridiques censés protéger les Gazaouis produit une impression d’activisme, au détriment de la protection effective des populations, estiment les deux politistes dans une tribune au « Monde ».

Thomas Lindemann et Shoshana Fine, politistes : « A Gaza, la question “est-ce un génocide ?” ne devrait pas épuiser la réflexion politique et morale »
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Dans notre imaginaire, une trêve est associée à un moment de répit, voire à l’espoir d’un retour à la paix. Pour les Gazaouis, pourtant, le cessez-le-feu du 10 octobre 2025 n’a pas mis fin à la violence. Depuis l’annonce de ce cessez-le-feu, 1 402 Palestiniens ont été signalés tués dans la bande de Gaza au 23 septembre 2026, soit environ quatre par jour en moyenne, selon les données du ministère de la santé de Gaza reprises par la coordination des affaires humanitaires des Nations unies. La présence de la bande de Gaza dans les médias comme dans les discours politiques a sensiblement diminué, tandis que les dons individuels sont également en baisse. Tout se passe comme si l’existence formelle d’un cessez-le-feu valait protection effective des populations.

On peut se demander si le cessez-le-feu et la multiplication des dispositifs juridiques censés protéger les Gazaouis ne produisent pas surtout une impression d’activité, alors que leurs effets concrets demeurent limités. La reconnaissance de l’Etat de Palestine par Emmanuel Macron, le 22 septembre 2025, présentée comme un geste historique, illustre ce décalage : selon un diplomate cité dans un article du Monde, le président français se serait ensuite peu exprimé sur la question, tandis que la coopération avec Israël se poursuivait.

Au Royaume-Uni, cette mise en scène de l’action est encore plus explicite : l’ancien premier ministre Keir Starmer déclarait [dans un discours du 21 septembre 2025] « We are acting » – « nous agissons » – en annonçant la reconnaissance de la Palestine, avant que son successeur, Andy Burnham, ne reprenne, un an plus tard, la formule « So we have acted » – « nous avons donc agi » – pour énumérer plusieurs mesures juridiques et diplomatiques.

Le recours au droit possède également une forte dimension émotionnelle et morale : l’évocation du génocide, terme forgé en 1944 dans le contexte des crimes nazis, est particulièrement chargée, car elle présente d’anciennes victimes de la Shoah comme perpétratrices. C’est ainsi que le débat se concentre sur la qualification des violences : génocide, crimes contre l’humanité ou crimes de guerre. Ces distinctions tendent à déplacer le centre de gravité de la discussion vers la catégorisation juridique et la question de savoir si tel ou tel seuil est franchi.

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