Le monde est en passe d’être redessiné. Le 4 septembre, l’Assemblée générale des Nations unies a décidé, à 164 voix contre une, de délaisser la projection de Mercator, méthode de référence dans l’élaboration des planisphères, au profit d’une nouvelle représentation des continents, la projection Equal Earth – un vote symbolique, mais aux répercussions potentiellement considérables.

À en juger par cette écrasante majorité, les pays du monde entier semblent prêts à changer de paradigme, malgré le pouvoir très limité de l’ONU. Seuls les États-Unis s’y sont opposés, dénonçant une perte de temps (une semaine plus tôt, Donald Trump renommait le lac Ontario “lac d’Amérique”, dans un caprice dirigé contre le Canada). Equal Earth va-t-elle transformer le monde ?

La projection de Mercator a accompagné des générations entières d’écoliers. Pourtant, elle déforme les superficies, un phénomène qui s’accentue à mesure que l’on s’éloigne de l’équateur.

Mise au point en 1569, en plein âge d’or de la navigation, elle permet de faire coïncider une ligne droite sur la carte avec un cap constant – au prix d’une distorsion des proportions.

C’est particulièrement flagrant avec le Groenland : alors que la projection de Mercator lui donne une taille semblable à celle de l’Afrique, celle-ci est en réalité 14 fois plus vaste.

L’Equal Earth, comme son nom l’indique, s’efforce de corriger ces déformations en restant fidèle aux superficies relatives des continents.

Avec cette nouvelle méthode, la Nouvelle-Zélande, le Canada, le Groenland et la Russie paraissent soudain plus petits que d’ordinaire. L’Afrique, l’Inde et le nord de l’Amérique du Sud, à l’inverse, semblent légèrement agrandis.

Aucun planisphère n’est parfaitement exact. Il est en effet mathématiquement impossible de représenter une sphère (ou plutôt un sphéroïde, diront les plus tatillons) à plat sans la dénaturer.

La projection Equal Earth rétablit l’équilibre des tailles, mais oblige à d’autres compromis. Elle aussi déforme les surfaces les plus éloignées de l’équateur. L’Alaska se retrouve ainsi aplati du nord au sud et étiré d’est ou ouest, malgré une superficie totale davantage proportionnelle au reste du monde. Et les distances ne sont pas toujours respectées.

Les cartographes utilisent aussi d’autres projections, [notamment] celle de Robinson, compromis quelque peu nébuleux imaginé par l’Américain Arthur Robinson en 1963. Elle n’est jamais parfaitement exacte, mais jamais scandaleusement incorrecte non plus.

D’autres sont plus étonnantes. Celle de Goode divise ainsi les océans en plusieurs parties (une liberté qui ne devrait guère perturber les navigateurs d’aujourd’hui) pour réduire la déformation des continents.

À chacun de déterminer la méthode la moins inadaptée à ses besoins. La projection Equal Earth offre sans doute un meilleur aperçu de l’agencement de la planète que celle de Mercator. Mais pour savoir à quoi ressemble vraiment la Terre, la meilleure solution reste encore de renoncer aux cartes et de consulter un bon vieux globe.