Les herbes sauvages ont envahi le seuil du garage, preuve qu’il n’a pas servi depuis longtemps. Gino Russo, lui, manie sans difficulté la vieille porte en métal. A l’intérieur, sous la poussière et les toiles d’araignées, des centaines de prospectus, de posters, de dessins et d’archives soigneusement classés – les vestiges d’une douleur que le temps n’a pas effacée. « Je n’ai plus jamais eu la liberté de ne pas y penser », affirme le père de Mélissa, l’une des victimes du pédocriminel Marc Dutroux.
Plus de trente et un ans après son enlèvement aux côtés de son amie Julie, le 24 juin 1995, le sourire de la fillette illumine toujours ces affiches jaunies, imprimées par milliers, et placardées dans toute la Belgique, avant que les corps des enfants ne soient découverts, quatorze mois plus tard, dans le jardin d’une des maisons de Marc Dutroux, à Sars-la-Buissière, près de Charleroi. « J’ai la conviction, et je mourrai avec, qu’on aurait pu les sauver dix fois », confie le père endeuillé.
En Belgique, l’affaire Dutroux avait mis en lumière de terribles dysfonctionnements, notamment une concurrence entre les différents corps de police, avec d’un côté la gendarmerie, d’origine militaire, et de l’autre la police judiciaire, rattachée aux parquets. Pendant des mois, chacune de ces polices avait enquêté de son côté, sans transmettre ses informations. Or, Marc Dutroux, condamné en 1989 pour des viols sur mineures puis libéré sous conditions en 1992, figurait parmi les suspects de la gendarmerie. En décembre 1995, sa maison de Marcinelle avait même été perquisitionnée, dans le cadre d’une autre affaire, sans que les fillettes y soient découvertes, alors qu’elles étaient sans doute encore en vie dans la cache aménagée au sous-sol.
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