C’est une annonce qui a “surpris tout le monde, jusqu’aux principaux intéressés”, observe The Telegraph. Le président américain Donald Trump a semé la confusion dimanche 11 octobre en annonçant un “cessez-le-feu énergétique” entre l’Ukraine et la Russie, une déclaration qui a semblé prendre Kiev au dépourvu tandis que Moscou gardait le silence.

“À compter de maintenant, il y a un CESSEZ-LE-FEU ÉNERGÉTIQUE dans la guerre entre la Russie et l’Ukraine. Les deux parties se sont mises d’accord. Ne le rompez pas !” a écrit le milliardaire républicain sur sa plateforme Truth Social, sans plus de détails.

Pris de court, le président ukrainien Volodymyr Zelensky a affirmé au site américain Axios n’avoir pas connaissance d’un tel accord. “Je n’étais pas au courant”, a réagi le chef d’État tout en se disant prêt à accepter l’accord. “L’Ukraine soutient le cessez-le-feu, et il est important que la Russie le soutienne également. Nous attendons les détails de la partie américaine”, a-t-il également indiqué sur les réseaux sociaux.

Un peu plus tard, Zelensky a annoncé que les frappes russes avaient continué dimanche “avec la même intensité” malgré l’annonce de Trump, rapporte The Guardian. “Les Russes ont frappé une centrale électrique à Kiev” et “plus tard, il y a eu des frappes sur des installations énergétiques dans la région de Kharkiv. Et tout ça s’est produit APRÈS que le président américain a fait sa déclaration”, a-t-il précisé dans la soirée.

“Une méthode bien connue” de Trump

“Des informations relayées à Moscou ont par ailleurs laissé entendre” dimanche “que les autorités russes n’avaient pas non plus été informées” du cessez-le-feu énergétique, rapporte The Telegraph. Un responsable ukrainien a de son côté affirmé au Kyiv Independent qu’il doutait du fait que la Russie ait été au courant. Moscou n’a pour l’heure pas commenté l’annonce de Trump.

“C’est une méthode bien connue du président américain : annoncer un accord avant même qu’il soit clairement établi que celui-ci a été conclu”, analyse le correspondant de la BBC en Amérique du Nord, Anthony Zurcher. “À plusieurs reprises, il a annoncé des cessez-le-feu au Moyen-Orient et de vastes accords de paix dans la région avant que toutes les parties ne les aient pleinement acceptés”, rappelle le journaliste.

“Qu’il s’agisse d’impatience de la part de Trump ou d’une tactique de négociation habile visant à faire aboutir un accord, le résultat est généralement le même : les parties concernées se retrouvent à devoir réagir dans l’urgence”, souligne Zurcher.

“Une raffinerie contre une raffinerie”

Un responsable de la Maison-Blanche a précisé dimanche à Axios que le “cessez-le-feu énergétique” évoqué par Trump “faisait référence à un éventuel accord prévoyant que chaque camp cesse ses attaques contre les raffineries de pétrole”. Cette source a ajouté que si les attaques contre ces sites cessaient, un accord visant à mettre fin aux frappes contre les centrales électriques et les réseaux énergétiques pourrait suivre.

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“Trump semble tenter, à lui seul, d’imposer un cessez-le-feu partiel. Mais, pour l’heure, la Russie n’a accepté aucun type de cessez-le-feu, tandis que l’Ukraine souhaite un accord interdisant les attaques contre les centrales électriques”, rappelle Axios.

“La proposition ’une raffinerie contre une raffinerie’, comme l’a baptisée le responsable de la Maison-Blanche, est déséquilibrée”, observe le site d’information américain. Un responsable ukrainien a déclaré à Axios que son pays ne possédait qu’une seule raffinerie de pétrole, que les Russes ont attaquée à plusieurs reprises et qui ne fonctionne pas à pleine capacité, tandis que la Russie dispose, elle, d’un vaste réseau de raffineries. “Nous importons du diesel et du gaz. Ce dont nous avons besoin, c’est que les Russes cessent d’attaquer notre réseau électrique”, a déclaré cette source ukrainienne au média américain. Le responsable de la Maison-Blanche a, de son côté, affirmé à Axios que “les Russes y réfléchissaient”.

Un “succès concret à l’approche des midterms”

Pour le correspondant de la BBC, l’annonce de Trump serait liée à la pression des élections de mi-mandat de novembre. “Trump a imputé à la guerre en Ukraine la hausse des prix des carburants dans le monde et s’est montré disposé à faire pression sur Zelensky et à coopérer avec Vladimir Poutine, le président russe, pour faire baisser ces prix”, rappelle Anthony Zurcher. Si l’accord annoncé dimanche “tient bon – et se traduit par une baisse des prix à la pompe aux États-Unis –, il pourrait offrir à Trump un succès concret à l’approche des midterms”, souligne le journaliste.

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Celui-ci rappelle toutefois que “rien de tout cela n’est garanti. Les précédentes tentatives de cessez-le-feu entre la Russie et l’Ukraine se sont révélées difficiles à concrétiser, tandis que les autres initiatives de Trump visant à faire baisser les prix des carburants aux États-Unis ont été largement inefficaces”.