La neige tombe sur les coupoles de la cathédrale Saint-Basile, située au cœur de la place Rouge à Moscou. Au premier plan, Donald Trump, vêtu d’un épais manteau noir, porte une chapka à l’étoile soviétique et un pin’s du drapeau russe au revers gauche du col. L’“agent orange”, titre le magazine britannique The New World, jouant sur le teint du président américain, souvent associé à l’autobronzant, et sur ses liens étroits supposés avec la Russie. Sous ce portrait satirique, l’hebdomadaire s’interroge : “De quel côté est vraiment Trump ?”
La une du journal fait écho aux récentes décisions de Washington envers Moscou. Après l’accord sur l’importation de diesel russe, Trump a suspendu par décret, le 16 octobre, “au nom de l’intérêt national”, l’application d’un nouveau bloc de sanctions visant la Russie et certains de ses partenaires commerciaux, adopté par le Congrès américain un mois plus tôt. Jeudi 22 octobre, un premier pétrolier chargé de 40 000 tonnes de diesel doit quitter la Russie pour les États-Unis. Par ailleurs, d’éventuelles livraisons à d’autres pays d’ici la fin de l’année dépendront, selon le vice-Premier ministre Alexandre Novak, cité par l’agence d’État Tass, des “capacités des raffineries russes”, régulièrement frappées par l’Ukraine.
Dans l’un des articles du dossier de The New World intitulé “Trump, Poutine et les ‘pacifistes’ qui rendent la guerre plus probable”, le philosophe slovène Slavoj Zizek prend la parole pour dénoncer ces concessions. Il cite Volodymyr Zelensky, pour qui le l’accord russo-américain constitue “un investissement dans une guerre qui doit être arrêtée, et non prolongée”. Trump a répliqué que son homologue ukrainien aurait déjà pu conclure la paix, allant jusqu’à lui suggérer de céder sa place. “En résumé, les États-Unis prennent de plus en plus ouvertement position dans la guerre entre la Russie et l’Ukraine”, estime l’auteur.
Jusqu’où Trump ira-t-il ?
Le philosophe fustige un dangereux “pacifisme abstrait”, la conviction selon laquelle il suffirait de comprendre “et de convaincre nos ennemis” pour éviter la guerre. Or, insiste-t-il, “Les ennemis n’attaquent pas seulement quand ils se sentent menacés, mais souvent aussi quand ils détectent une faiblesse”.
L’accord sur le diesel russe est aussi censé soulager les automobilistes, les chauffeurs routiers et les agriculteurs, à l’approche du scrutin de mi-mandat du 3 novembre. Le journaliste américain Nicky Woolf décrit, dans un autre article du dossier, un président plombé par les prix du carburant, sa guerre contre l’Iran et des sondages défavorables aux républicains. “L’accord douteux conclu avec Poutine” ne devrait pas lui permettre de sauver la mise : “sa première livraison représenterait moins d’une journée de consommation américaine”, souligne le journaliste. “Trump va perdre”, prévient Woolf. Plus que la défaite possible, c’est la réaction du chef de la Maison-Blanche qui l’alarme : “Que fera ce fou une fois acculé ?” Le locataire de la Maison-Blanche n’a pas exclu de recourir à des pouvoirs d’exception autour du vote. En affichant ce regard froid et impassible en couverture de son édition, The New World se demande “si la démocratie américaine a encore un avenir”.
Donald Trump annonce un accord surprise avec Vladimir Poutine sur le diesel, Volodymyr Zelensky s’indigne
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