Alors que l’édition 2026 du festival Burning Man a débuté le 30 août dans le désert de Black Rock, dans le Nevada, l’un des trois cofondateurs de l’événement, qui draine des foules toujours plus nombreuses d’année en année, signe un essai amer et empreint de nostalgie dans les colonnes du San Francisco Standard.
“J’ai cofondé Burning Man : le festival a perdu son âme”, souligne-t-il en préambule. En ajoutant : “Ce qui a débuté comme une expérience collaborative anarchiste est devenu une machine commerciale réservée aux riches.”
Si la critique n’est pas nouvelle – voilà des années que les puristes et autres burners des débuts déplorent la dérive mercantile de Burning Man –, la tribune de John Law vient enfoncer le dernier clou dans le cercueil du festival.
“Ce festival est devenu un spectacle fantasmagorique et immersif conçu pour les élites occidentales et les créatifs de la classe moyenne qui sont à leur service.”
Ce “Disneyland pour les nantis” se présente comme “une expérience artistique authentique”, poursuit-il. Les participants peuvent réserver leur place dans des campements de luxe et s’adjoindre les services de chefs privés. Ils peuvent faire appel à un styliste pour composer leur tenue de festival. Ils peuvent s’y rendre en avion, le festival disposant de son propre aéroport temporaire.
Tout ce qu’il faut savoir sur l’actualité de la Silicon Valley, vue par les médias américains
Cette newsletter est réservée à nos abonnés
Je m’abonneLa “cacophonie” des débuts
Et le cofondateur de revenir sur les origines du festival, en rendant au passage un hommage appuyé à San Francisco, berceau de la contre-culture dans les années 1970, un havre de la côte “gauche” des États-Unis, qu’il avait choisi de rejoindre alors qu’il était encore adolescent, en 1976.
En fait d’influences, les fondateurs revendiquaient, pêle-mêle, “le mouvement dada, le surréalisme, le cinéma expérimental, Mad Max, Lawrence d’Arabie, la beat generation, les hippies et les punks”, se remémore-t-il. De ce ferment est née toute une série de groupuscules clandestins.
L’un d’entre eux, la Cacophony Society, était issu du Suicide Club, une organisation “plus ancienne, plus secrète encore et plus transgressive, qui organisait des explorations urbaines, des performances farfelues et autres exploits comme des trajets en téléphérique tout nu, ou des ascensions acrobatiques de ponts”. La Cacophony Society est devenue “le nid d’où Burning Man a pris son envol”.
L’idée de départ du festival était opposée à toute structuration et hiérarchie. “C’était le genre de rassemblement temporaire et autogéré que l’auteur Hakim Bey a décrit en détail, qualifiant ce phénomène de ‘TAZ’, soit ‘zone autonome temporaire’”. De petits groupes d’artistes et assimilés “se retrouvaient quelque part hors de tout contrôle, créaient collectivement un monde dans lequel ils pouvaient tout faire, puis pliaient bagage et disparaissaient avant que les agents du pouvoir ne puissent les réprimer”.
Une foire “hippie, new age, hipster de la tech”
Si le Burning Man des origines était “une confédération d’esprits libres anars”, le festival d’aujourd’hui tient davantage de la foire “hippie, new age, hipster de la tech”, un aimant pour les plus fortunés en quête d’aventure et les dilettantes cherchant à combler l’énorme vide – de proportion biblique – laissé par le déclin de la religion aux États-Unis.
C’est en grande partie à “l’essor concomitant d’Internet, dans les années 1990”, que l’auteur attribue la transformation radicale du festival. “Lorsque le magazine Wired a mis le festival Burning Man sur sa couverture en 1996, plus rien ne pouvait freiner sa croissance.” Le nombre de participants est passé d’environ 70 personnes en 1990 à 25 000 en 1999.
John Law confie qu’il a arrêté de se rendre à Burning Man en 1996. Des festivaliers “y trouvent encore aujourd’hui un plaisir bien réel”. Pour certains, “c’est parfois même la semaine la plus émouvante, la plus immersive et la plus amusante de leur année”. Pourtant, une chose est sûre : Burning Man n’est plus “ce que ses fondateurs avaient imaginé”.