Si la priorité du gouvernement Trump d’arrêter et d’expulser en masse les migrants en situation illégale sur le territoire des États-Unis a déjà fait couler beaucoup d’encre dans la presse américaine, la division chargée, au sein du département d’État américain, de passer des accords avec des pays étrangers pour y expulser un maximum de ressortissants de pays tiers était encore enrobée de mystère.

The Washington Post a donc décidé d’y consacrer une longue enquête, publiée sur son site ce 21 septembre, qui souligne que “si le ministère de la Sécurité intérieure s’est illustré dans la politique d’expulsions de masse de Trump, le département d’État américain y joue aussi un rôle clé, bien que moins visible”.

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C’est dans le cadre d’une large investigation du consortium Forbidden Stories, menée par 72 journalistes issus de 26 médias dans 15 pays, que le quotidien de la capitale fédérale américaine a donc enquêté sur le “bureau de la remigration” niché au sein du département d’État américain et dirigé par un obscur diplomate, Christian Ehrhardt. Ce dernier, présenté lors de ses déplacements à l’international comme “un envoyé de la Maison-Blanche”, est chargé de négocier avec les pays étrangers des accords permettant aux États-Unis d’y expulser des ressortissants de pays tiers.

Pour le Washington Post, la création de ce bureau de la remigration, “une petite division comptant environ 15 employés au sein du bureau de la population, des réfugiés et des migrations du département d’État”, marque un tournant extraordinaire dans la politique étrangère américaine, car il vient renverser l’engagement de longue date des États-Unis en faveur de la réinstallation des réfugiés pour se concentrer sur leur expulsion du territoire américain. Le nom même de ce bureau est source de controverse, relève le quotidien, car le terme “remigration” a été “popularisé par les tenants de l’extrême droite en Europe qui prônent l’expulsion des immigrés”.

Jusqu’à présent, l’administration Trump “a expulsé plus de 25 000 personnes dans au moins 28 pays tiers”, des pays dont ces personnes ne sont pas des ressortissants et avec lesquels elles n’ont aucun lien. Parmi les premiers accords avec des pays tiers figuraient “des vols à destination du Costa Rica transportant des migrants originaires de Chine, de Russie, d’Iran et d’Afghanistan”, rappelle le journal, ainsi que des vols “vers le petit royaume d’Eswatini avec à bord des migrants du Vietnam, du Laos, de Cuba et de la Jamaïque”.

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La plupart des personnes expulsées des États-Unis vers des pays tiers l’ont été vers le Mexique, note le journal, en vertu d’un accord informel avec les États-Unis. “La quasi-totalité des autres ont été expulsés vers des pays d’Afrique et d’Amérique latine.”

Des institutions internationales contraintes de coopérer

Le contenu des accords passés varie d’un pays à l’autre et ils s’accompagnent souvent de financements additionnels accordés par Washington peu avant ou peu après leur signature. Certains pays se voient ainsi promettre “des levées de restrictions en matière de visas pour les États-Unis, d’autres des droits de douane revus à la baisse ; d’autres encore reçoivent de larges sommes pour la construction de routes et d’infrastructures”.

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Convaincre un gouvernement étranger d’accueillir des ressortissants de pays tiers a donc un coût, et le Washington Post révèle l’ampleur des moyens mobilisés pour sceller ces accords : “L’administration Trump a ainsi prévu d’y consacrer au moins 410 millions de dollars [environ 357 millions d’euros], dont 81 millions [70 millions d’euros] doivent être versés directement aux gouvernements signataires.”

Car le bureau de la remigration a aussi mis en place un système de subventions à destination des institutions internationales pour soutenir ce programme d’expulsions de masse. Quelque “179 millions de dollars [156 millions d’euros] de subventions sont aussi prévus pour l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) et quelque 124 millions [108 millions d’euros] pour le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés [HCR]”, a calculé le Washington Post.

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Le journal donne l’exemple de l’accord conclu avec le Costa Rica, en vertu duquel les États-Unis ne versent pas directement d’argent au pays, mais transfèrent 22,6 millions de dollars [20 millions d’euros] à l’OIM, qui gère les retours volontaires assistés vers les pays d’origine, et 10 millions de dollars [9 millions d’euros] au HCR, l’agence des Nations unies pour les réfugiés, qui vient en aide aux migrants demandant l’asile dans des pays tiers.

“Cette administration subordonne tout financement au soutien des accords avec les pays tiers”, souligne un ancien responsable du bureau des populations des réfugiés et des migrations qui a quitté le département d’État en raison de son désaccord avec cette politique. Pour l’OIM et le HCR, “la seule façon de pouvoir continuer à fonctionner, c’est de conclure un pacte avec le diable”, souligne-t-il.