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Géopolitique

Valérie Dubslaff, historienne : « L’adhésion accrue des femmes à l’AfD paraît paradoxale, tant la culture politique du parti reste masculine »

Pourtant fondamentalement antiféministe, antilibéral et homophobe, le parti d’extrême droite réussit à s’adresser à différentes clientèles électorales, analyse la maîtresse de conférences en histoire et civilisation de l’Allemagne, dans une tribune au « Monde ».

Valérie Dubslaff, historienne : « L’adhésion accrue des femmes à l’AfD paraît paradoxale, tant la culture politique du parti reste masculine »
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En Allemagne, l’idée selon laquelle les femmes, par leur vote massif pour le NSDAP [Parti national-socialiste des travailleurs allemands], auraient mené Hitler au pouvoir en 1933 a longtemps été véhiculée pour expliquer la mise en place de la dictature nazie. Cette affirmation est fausse historiquement. Et elle est tout aussi fausse aujourd’hui, au sujet d’Alternative pour l’Allemagne [AfD] : les femmes ont certes contribué à la montée de l’AfD, mais ce parti d’extrême droite reste un parti d’hommes. En Saxe-Anhalt, où l’AfD a remporté les élections régionales dimanche 6 septembre, presque un électeur sur deux (49 %) et un peu plus d’un tiers des électrices (39 %) lui ont donné leur voix.

Si les hommes avaient été seuls à voter à ces élections, l’AfD aurait obtenu la majorité absolue [elle a remporté 43,8 % des suffrages, soit 39 des 83 sièges du Parlement régional] et aurait pu gouverner seule – un scénario que les femmes ont, par leur vote, contribué à empêcher. On observe cependant une évolution inédite depuis 2021 et qui se confirme en Saxe-Anhalt : le « gender gap », c’est-à-dire la différence entre le vote masculin et le vote féminin qui est traditionnellement très importante pour l’extrême droite, se resserre. L’AfD est certes le premier parti chez les hommes, mais il l’est aussi chez les femmes. Cette convergence du vote est un enjeu de taille pour l’extrême droite, car elle ne pourra consolider son assise politique qu’en conquérant l’électorat féminin : il n’y a pas de prise de pouvoir possible sans les femmes.

Pourtant, dans l’histoire de la République fédérale d’Allemagne [RFA, 1949-1990], les partis d’extrême droite ont toujours négligé le vote féminin. De la même manière, les électrices ont toujours boudé les extrêmes, leur préférant des partis démocratiques comme les conservateurs de la CDU/CSU [Union chrétienne-démocrate/Union chrétienne-sociale] dans les années 1950 et, plus tard, les partis progressistes. Leur vote avait une fonction stabilisatrice pour la démocratie parlementaire alors que le vote masculin pouvait avoir une tendance plus contestataire, voire antisystème. Comment expliquer ce revirement dans l’électorat féminin ?

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