C’est une “mise en garde” de Washington qui “marque une intensification de la pression [américaine] sur l’Europe”, observe The Guardian.

L’administration Trump a exhorté jeudi 1er octobre les Européens à aider les États-Unis à faire baisser les prix du gazole en mettant “immédiatement” sur le marché plus de carburant, faute de quoi Washington pourrait interdire les exportations de gazole américain vers le continent européen.

Selon The Guardian, le gouvernement américain voudrait que des pays européens, notamment “la France et l’Allemagne”, mettent sur le marché “du gazole prélevé sur leurs réserves stratégiques”, à l’instar de ce qui a déjà été fait avec le pétrole brut.

“Nos partenaires européens devraient accélérer la mise en œuvre de leurs engagements existants et mettre immédiatement à disposition des volumes supplémentaires afin de remédier aux perturbations actuelles”, a écrit sur X le ministre américain des Finances Scott Bessent. “Les agriculteurs, les routiers et les entreprises américains ne devraient pas avoir à supporter le poids d’une pénurie mondiale de diesel.” Son collègue de l’Énergie, Chris Wright, a, lui, estimé auprès de Fox News que “l’Europe peut elle aussi contribuer à améliorer la situation”. “Il est temps de procéder à une mise sur le marché coordonnée des stocks de diesel” à l’approche de l’hiver, a-t-il ajouté.

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Interrogé par la presse à Dallas sur les déclarations de Bessent, le président américain Donald Trump a confirmé jeudi qu’il pourrait demander aux Européens de puiser dans leurs réserves stratégiques de gazole afin d’enrayer la flambée des prix.

“À moins de cinq semaines des élections de mi-mandat aux États-Unis, les républicains cherchent par tous les moyens à faire baisser les prix des carburants dans le pays”, explique NBC News. Le prix moyen du diesel aux États-Unis a bondi de 70 % depuis le début de la guerre avec l’Iran, rappelle la chaîne américaine.

“Pas de jeu de dupes” face à “un lion affamé”

Les pays de l’UE doivent se réunir vendredi 2 octobre pour tenter d’apporter des réponses à la flambée des prix du diesel et aux pressions de Washington. Une rencontre d’urgence est prévue en début de journée entre la Commission européenne et les pays membres de l’UE, a indiqué dans la soirée une porte-parole de la Commission.

Selon The Guardian, le Royaume-Uni a entamé dès jeudi des discussions avec certains de ses alliés européens sur la possibilité de libérer des réserves de diesel. “Des ministres britanniques se sont entretenus avec leurs homologues de la Commission européenne ainsi qu’avec ceux de l’Allemagne, de la France, de l’Italie et de l’Irlande” à ce sujet, précise le quotidien.

Les cinq pays européens “sont convenus” lors d’une réunion d’urgence jeudi “de répondre ’d’une seule voix’ aux pressions croissantes des États-Unis”, ont affirmé des sources proches des discussions à Politico Europe. Selon deux de ces sources, “tous ces pays ont fait l’objet de pressions américaines, en privé, pour qu’ils puisent dans leurs réserves”.

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L’idée est de “désamorcer la situation”, a déclaré l’une des personnes au fait du dossier, interrogée par Politico. “Il s’agit d’être à la fois ferme et positif dans la communication… Quand on a affaire à un lion affamé, on ne cherche pas nécessairement à jouer à un jeu de dupes avec lui.”

L’Europe “de plus en plus dépendante” des carburants américains

L’affaire est délicate pour les Européens. Une interdiction des exportations de diesel américain “serait extrêmement préjudiciable à l’Europe, qui est devenue de plus en plus dépendante des carburants américains depuis la perte des approvisionnements en provenance de Russie”, remarque The New York Times. Le quotidien américain rappelle que le continent aborde aussi “l’hiver avec des stocks de gaz naturel au plus bas depuis plusieurs années, en raison des perturbations au Moyen-Orient”.

“L’Europe est l’une des régions les plus exposées, si ce n’est la plus exposée, en ce qui concerne le diesel, car elle importe une quantité considérable de diesel et nous entrons dans la saison froide, la saison hivernale”, avait d’ailleurs alerté cette semaine Fatih Birol, directeur de l’Agence internationale de l’énergie, avant une réunion des ministres de l’Énergie de l’UE à Dublin.

Selon S & P Global, une société spécialisée dans les données de marché, le continent importe environ 1,5 million de barils de diesel par jour, dont un tiers provient des États-Unis.

“Cette dépendance aux importations américaines”, note The Times, “est accentuée par la réduction du nombre de raffineries européennes ces dernières années, en raison des coûts d’exploitation élevés et des réglementations climatiques”.