Le tribunal administratif de Paris a rejeté, lundi 3 août, un recours en référé-liberté de la chroniqueuse russe pro-Kremlin Xenia Fedorova, contre son expulsion du territoire et le gel de ses avoirs, faute d’avoir démontré une « extrême urgence ».
Xenia Fedorova, 45 ans, assignée depuis mercredi à résidence, n’a exposé « aucun besoin de sortir du territoire parisien », « sollicité aucune autorisation auprès du préfet de police » et s’est limitée « à indiquer, sans aucune précision, que l’obligation de pointage lui caus[ait] une gêne », a rapporté le tribunal dans un communiqué. En conséquence, « le juge des référés a estimé que la condition d’extrême urgence ne pouvait être retenue ».
« Pour obtenir la suspension de l’exécution de ces décisions, Xenia Fedorova, qui avait le choix entre la procédure du référé suspension, subordonnée à la démonstration d’une urgence, et celle du référé liberté, subordonnée à la démonstration d’une extrême urgence justifiant des mesures dans les quarante-huit heures, a décidé d’introduire cette dernière action », ont relevé les magistrats. Or, cette procédure « ne pouvait pas se limiter à invoquer des présomptions qui ne s’appliquent pas à sa situation, mais devait faire état des graves incidences personnelles résultant pour elle des décisions contestées, ce qu’elle ne [fait] pas dans sa requête ».
« Pas une atteinte à la liberté d’expression »
Emmanuel Piwnica, l’avocat de l’ancienne dirigeante de RT France, chaîne financée par le Kremlin, a fait part auprès de l’Agence France-Presse de son « très grand regret », affirmant « poursuivre pour contester les décisions ».
Le tribunal administratif a rappelé que le rejet de son recours « ne fait obstacle ni à ce que Mme Fedorova saisisse à nouveau le juge des référés libertés en explicitant les circonstances particulières de sa situation (…), ni à ce qu’elle saisisse le juge des référés suspension ».
L’intéressée a dénoncé « une forme entièrement nouvelle de pression politique » et une « censure des opinions qui ne correspondent pas au discours officiel ». « Mon comportement (…) consiste à vivre en France depuis près de dix ans dans le respect de la loi, à payer mes impôts, mais aussi à avoir une opinion et à l’exprimer dans le cadre de mon travail de journaliste », s’est défendue sur X celle qui est désormais la figure pro-Poutine de CNews.
Vendredi, le ministre de l’intérieur, Laurent Nuñez, a assuré que cet arrêté d’expulsion n’était « pas une atteinte à la liberté d’expression », car il est « très motivé » et « fait référence à de nombreux propos qu’elle a pu tenir et qui systématiquement reprennent la propagande du Kremlin sur l’engagement de la France, sur ce qui se passe en Ukraine, sur les raisons, les motivations de l’agression russe en Ukraine ». « Systématiquement, elle reprend le verbatim au mot près de la Russie », a également souligné le ministre.
« Propagandiste russe notoire »
« Ce qui est en cause, c’est que Mme Fedorova est une citoyenne russe qui est venue en France comme agente d’influence pour relayer la propagande russe, avec les méthodes du Kremlin, et perturber ainsi notre débat public et démocratique », a, de son côté, justifié le chef de la diplomatie française, Jean-Noël Barrot, dans La Provence.
Xenia Fedorova s’exprime aussi sur Europe 1 et signe une chronique dans l’hebdomadaire Le JDNews. Ses employeurs, les groupes Canal+ et Lagardère, ont dénoncé, dans un communiqué commun, « une atteinte particulièrement grave à la liberté d’expression et au pluralisme des opinions », apportant leur « plein soutien à Mme Fedorova ».
Alors que l’interdiction de diffusion des médias d’Etat russes, tels Sputnik et RT, est effective dans l’Union européenne (UE) depuis mars 2022, soit quelques jours après l’invasion à grande échelle de l’Ukraine par la Russie, Xenia Fedorova défend régulièrement les positions du Kremlin dans les médias détenus par le milliardaire ultraconservateur Vincent Bolloré.
Le gouvernement français et le chef de l’Etat, Emmanuel Macron, ont qualifié à plusieurs reprises Xenia Fedorova de « propagandiste » du Kremlin. Des eurodéputés du groupe centriste Renew ont demandé depuis à l’UE de prendre des sanctions à l’encontre de Mme Fedorova, « propagandiste russe notoire », coupable, selon eux, de la diffusion de « narratifs grossièrement manipulatoires sur la guerre en Ukraine et à l’égard de l’UE ».