“En cet été infernal, alors que la moitié de Paris s’est affairée à coller à ses fenêtres sans volet des couvertures de survie, pendant que l’autre moitié badigeonne de blanc de Meudon l’extérieur de ses vitres, ainsi recouvertes d’une pâte qui reflète les rayons du soleil et empêche la chaleur d’entrer dans les logements, pas de doute : l’ombre est une denrée rare et précieuse”, écrit El País. Heureusement, ajoute aussitôt le quotidien espagnol, le “département d’ombrologie” œuvre au déploiement d’ombrages protecteurs dans les villes.

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Derrière ce néologisme se cache un collectif rattaché à l’Université ouverte de Catalogne (UOC). C’est à Barcelone qu’est né le projet pionnier A l’ombra del trencadís sur la Rambla de Sants. Autrefois inhospitalier, cet espace est devenu un lieu de rencontre propice à la flânerie grâce à “un système d’ombrage qui repose sur une structure de modules en pin [portant des voiles], qui peuvent composer un grand maillage – une solution légère, décarbonée et amovible”, détaille El País. Le projet a d’ailleurs remporté en 2023 un concours organisé par la mairie de Barcelone pour la production d’ombre éphémère dans l’espace public.

Le problème, explique l’anthropologue Tomás Criado, de l’UOC, dans un article publié par The Conversation, est que “nos villes sont devenues de véritables ‘infrastructures sarcophages’ : nous avons totalement isolé les sols sous d’épaisses couches de béton.” Comment en sommes-nous arrivés là ? À partir du XIXe siècle, répond Tomás Criado, lui-même impliqué dans le département d’ombrologie, l’hygiène est devenue le principe directeur de l’urbanisme. Les quartiers aux rues trop étroites, jugés insalubres, ont été démolis pour faire place à de larges avenues. “Il s’agissait de faire entrer l’air et le soleil dans la ville.”

Ombrières, auvents et parasols font leur grand retour

Aujourd’hui, des villes comme Barcelone et Séville expérimentent de nouvelles solutions. “Les ombrages, méprisés par cet ‘urbanisme solaire’, bénéficient aujourd’hui d’un regain d’attention. Ombrières, auvents et parasols font leur grand retour, pour rendre les rues plus habitables”, se félicite Tomás Criado. Interrogée par El País, l’architecte Raquel Estany du cabinet Arquitectura de Contacte à l’origine du projet A l’ombra del trencadís met quant à elle en avant les exemples de Marrakech ou de Rabat qui, depuis bien longtemps, ont couvert leurs souks, “afin de protéger non seulement des lieux d’arrêt ponctuel ou prolongé, mais aussi les déplacements du quotidien”.

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