“Quatre jours après l’arrivée massive de quelque 50 000 migrants à Ceuta en provenance du Maroc, environ 2 500 personnes entrées illégalement se trouvent encore dans la ville”, observe la RTVE, citant les chiffres des autorités de Madrid. Le gouvernement autonome de Ceuta, dirigé par le Parti populaire (PP, droite), estime leur nombre “entre 3 000 et 5 000” et assure que l’enclave vit toujours dans “l’angoisse et l’effroi”, selon le diffuseur espagnol.
Parmi ces quelques milliers de migrants, un groupe mobilise particulièrement l’attention des autorités : les mineurs non accompagnés, entrés seuls à Ceuta. Car contrairement aux adultes, activement recherchés depuis jeudi par les forces de l’ordre et l’armée pour être reconduits à la frontière avec le Maroc – comme en témoigne El Mundo –, les mineurs non accompagnés sont protégés par la loi et ne peuvent être expulsés.
Selon les chiffres officiels, 862 mineurs étaient ainsi hébergés lundi dans des centres d’accueil et autres structures d’urgence mises en place par la ville.
Cependant, selon le journal centriste catalan Ara, citant les autorités de Ceuta, “de nombreux autres enfants entrés illégalement dans la ville le 30 juillet n’ont pas encore demandé d’aide, restent cachés dans des campements illégaux – principalement dans les montagnes – ou n’ont pas été repérés par la police municipale, chargée de les transférer dans des centres d’accueil”.
La municipalité prévoit ainsi que “le nombre d’enfants continuera d’augmenter, pour atteindre environ un millier, et envisage de solliciter des fonds supplémentaires auprès du gouvernement central afin de faire face à l’urgence”, précise El País.
En attendant, Ceuta s’efforce “d’accroître sa capacité d’accueil en réorganisant ses infrastructures et en aménageant un bâtiment industriel et un entrepôt”, ajoute le titre espagnol. “Les plus jeunes, et ceux dont l’âge ne fait aucun doute, ont été logés dans de meilleures conditions, tandis que les plus âgés ont été placés dans des hébergements temporaires”.
Situation « intenable »
“L’arrivée massive de mineurs étrangers non accompagnés à Ceuta a une fois de plus mis à rude épreuve les capacités déjà limitées du système de protection de la ville autonome”, confirme le quotidien conservateur ABC, soulignant que l’enclave n’a officiellement que “29 places d’accueil pour les mineurs”.
Une situation “intenable” qui n’a pas vocation à durer, car en vertu de la loi sur l’immigration révisée en 2025 par le gouvernement socialiste, ce dernier “doit reloger sous quinze jours, dans d’autres communautés autonomes [régions espagnoles], les centaines d’enfants migrants non accompagnés arrivés à Ceuta”, précise El Periódico.
Le texte, sur lequel la droite espagnole – qui dirige la majorité des gouvernements régionaux – avait tiré à boulets rouges, visait à soulager les régions et localités situées en première ligne des flux migratoires, comme les enclaves de Ceuta et Melilla, en répartissant l’accueil des mineurs sur tout le territoire.
Le ministère de la Jeunesse et de l’Enfance, à qui il incombe d’appliquer la loi, a assuré a El Periódico que “tous les mécanismes disponibles [avaient été] mis en œuvre” pour assurer aux mineurs “un accueil digne”.
Mais ABC se demande si le gouvernement, confronté pour la première fois à l’application de la nouvelle loi à une telle échelle, pourra tenir sa promesse. Car outre l’hostilité des régions gouvernées par la droite, “le défi logistique, compte tenu de l’impossibilité d’effectuer les transferts par voie aérienne, est considérable dans un délai aussi court”.
Incidents et dérapages
El País veut croire que Ceuta, où “l’attention portée aux mineurs revêt une grande importance”, fait de son mieux. “Il suffit de constater que les effectifs dédiés à ces services, forts d’environ 250 fonctionnaires, sont très similaires à ceux de la police locale, composée d’environ 290 agents”, écrit le quotidien madrilène.
Cela n’empêche malheureusement ni les incidents ni les dérapages. Sur son site, la Cadena Ser diffuse ainsi la vidéo d’un enfant de 12 ans “en larmes”, conduit vers la frontière par un militaire espagnol au mépris de la loi.
“La situation s’est renversée grâce à plusieurs femmes présentes [au poste frontière], qui ont aidé à traduire” les propos de l’adolescent et ont pu confirmer qu’il “n’était accompagné d’aucun adulte”, raconte la radio espagnole. C’est finalement “le lieutenant-colonel commandant l’unité de légionnaires déployée à la frontière” qui a dû intervenir pour empêcher l’expulsion de l’enfant.
À Ceuta, près de 1 500 mineurs marocains pris en charge par l’Espagne
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