Ce dimanche matin à Lourdes, Léon XIV a célébré une messe dans le sanctuaire marial face à une foule de 150 000 fidèles, “un lieu de pèlerinage renommé qui attire chaque année des personnes âgées et des catholiques dévots en quête de guérison, y compris des victimes d’abus sexuels”, rapportent les correspondants du Washington Post.

Dans son homélie, le pape n’a pas fait directement référence aux scandales d’abus sexuels, précise le quotidien américain. Il a seulement déclaré qu’“afin de guérir les profondes blessures, les infidélités et les erreurs douloureuses qui se sont produites au sein de [l’Église]… nous devons humblement nous placer sous le regard purificateur du Seigneur”.

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Voilà deux mois, une commission indépendante a publié des détails sur les abus à grande échelle commis à Notre-Dame de Bétharram, un internat situé non loin de Lourdes, rappelle le Washington Post. “La commission a dénoncé des décennies de violences ‘systémiques’ perpétrées par des membres du clergé et du personnel laïc entre 1957 et 2004. Et l’année dernière, Hélène Perlant, 53 ans, la fille aînée de l’ancien Premier ministre François Bayrou, a choqué la France en révélant publiquement qu’elle figurait parmi les victimes.”

Arrivé à Lourdes samedi soir, Léon XIII risquait en outre d’être immédiatement confronté au “sombre et douloureux passé de l’Église” en passant devant les mosaïques réalisées par Marko Rupnik, un prêtre jésuite accusé d’avoir abusé de plus d’une vingtaine de femmes en trente pendant trente ans, relate de son côté The Guardian. Mais l’évêque de Lourdes, Mgr Jean-Jacques Micas, a ordonné que les mosaïques soient recouvertes, “estimant que les victimes venant chercher du réconfort sur place ne devaient pas être contraintes de les voir”.

Un discours qui “frôle l’autosatisfaction”

Avant un bain de foule en papamobile sur la prairie du sanctuaire, la journée de Léon XIV avait commencé ce dimanche par une rencontre avec les évêques français. Pour la première fois depuis son arrivée en France, le souverain pontife s’est exprimé à cette occasion sur les violences sexuelles dans l’Église, sujet sur lequel il était “très attendu”, souligne en Suisse le tabloïd Blick, et qu’il a dénoncé comme “un douloureux fléau” dans son discours qui a été transmis à la presse.

Mais “il n’a formulé aucune autocritique, s’est abstenu de toute condamnation et admonestation, et n’a même pas mentionné les victimes ni demandé leur pardon”, relève pour sa part El País. Le quotidien espagnol souligne que le reste du discours, “qui frôlait parfois l’autosatisfaction”, a consisté en “des félicitations à l’Église de France pour sa gestion du scandale”.

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Il est vrai qu’en France la Conférence épiscopale a pris des mesures “décisives”, reconnaît El País, comme la commande d’un rapport indépendant qui, en 2021, a estimé à 330 000 le nombre de victimes depuis 1950, et la mise en place de dispositifs d’écoute et de réparation. “Au sein de l’épiscopat français, le sentiment général est que les choses ont bien fonctionné, contrairement à la réaction négationniste observée dans d’autres pays, à commencer par celle de l’Église espagnole.”

“Monsieur le chef de l’Église catholique…”

En fin de journée, Léon XIV devait rencontrer sept victimes d’abus sexuels commis par des membres du clergé et dont l’Église n’a pas révélé le nom, “laissant à chacun le choix ou non de communiquer”. Le format de cette rencontre a été critiqué ces derniers jours par des associations de victimes, rappelle El País. Le 24 septembre, jour de l’arrivée en France du souverain pontife, une “Lettre ouverte au pape Léon” signée par un collectif de victimes a été relayée notamment par le quotidien belge Le Soir. Elle exhorte Léon XIV à s’adresser “à toutes les victimes, dans tous les pays, en reconnaissant la culpabilité de l’Église”.

“Monsieur le chef de l’Église catholique […], écrivent les signataires, nous craignons que votre visite en France, comme ailleurs, ne change rien, notamment parce qu’une fois encore vous vous adresserez, comme à Lourdes, à des victimes soigneusement sélectionnées ‘en toute confidentialité’ et, face aux crimes commis dans vos rangs, vous vous contenterez de nous demander pardon. Ce n’est pas suffisant. On ne demande pas pardon pour un crime, on est responsable dans le cadre d’un crime.”

“Votre prédécesseur a posé des mots, nous vous proposons de poser des actes”, poursuit ce texte qui exhorte notamment Léon XIV à donner “un mandat clair” aux évêques, “partout dans le monde”, pour engager dans leurs diocèses “des actions approfondies sur les crimes commis au sein de l’Église”, à renforcer la prévention et la formation de l’ensemble du clergé, à ouvrir les archives relatives aux cas de pédocriminalité et à introduire “un système universel de réparations, financé de manière transparente”.

À Lourdes, la journée du pape devait se terminer par une rencontre avec des fidèles malades ou en situation de handicap. Léon XIV s’envolera lundi matin pour Metz, une ville qu’il a choisie pour conférer une dimension “plus européenne” à son séjour en France.