Le haut-commissaire de l’ONU aux droits de l’homme a alerté, mercredi 9 septembre, sur les nombreuses restrictions imposées par les autorités talibanes aux Afghans, en particulier aux femmes et aux filles, déplorant le « silence assourdissant » face à leurs souffrances.
« La situation de nombreuses personnes en Afghanistan ne cesse d’empirer. Des millions de personnes sont plongées dans la pauvreté », a affirmé Volker Türk, cité dans un communiqué. « Mois après mois, les autorités [talibanes] durcissent et appliquent des mesures oppressives. Pourtant, il semble que le monde ait oublié et abandonné le peuple afghan, le laissant face à une situation qui empire de jour en jour. Ce silence est assourdissant », a-t-il ajouté.
Il déplore « les restrictions qui entravent l’accès à l’éducation, à l’emploi, à la liberté de circulation et à la vie publique, l’imposition de règles vestimentaires strictes, ainsi que l’absence totale de femmes dans toutes les instances publiques décisionnaires ». Il appelle la communauté internationale à intensifier ses efforts pour que les autorités talibanes respectent le droit international.
Un « apartheid fondé sur le genre »
Selon le haut-commissaire, l’« exclusion systématique des femmes et des filles de la vie publique, banalisée et institutionnalisée par les autorités s’apparente » à un apartheid fondé sur le genre. Environ 2,4 millions de jeunes Afghanes sont privées d’enseignement secondaire depuis le retour au pouvoir des talibans il y a cinq ans, selon l’Unesco.
Le haut-commissaire pointe du doigt de récents décrets, qui rendent plus difficile le divorce pour les femmes et légitiment implicitement les mariages d’enfants ainsi que les violences faites aux femmes et aux enfants. Il y a un an, les autorités talibanes avaient interdit aux femmes afghanes, y compris au personnel féminin de l’ONU, d’accéder aux locaux de l’organisation dans le pays.
Au moins 449 hommes et femmes ont été soumis à des châtiments corporels par les autorités talibanes au cours du premier semestre, tandis que les minorités religieuses, notamment les communautés chiites et ismaéliennes, continuent de faire face à des restrictions, selon le haut-commissaire, qui dénonce aussi la « censure » des médias afghans et les arrestations de journalistes.
Malgré la situation dramatique des droits humains, les retours forcés vers l’Afghanistan se poursuivent, avec plus de 400 000 Afghans renvoyés de force cette année selon l’ONU, principalement depuis l’Iran et le Pakistan, s’insurge le Haut-Commissariat.
Il souligne aussi que « plusieurs Etats membres de l’UE ont également renforcé leur coordination avec les autorités de facto concernant le retour d’Afghans » dans leur pays, où 21,9 millions de personnes, soit environ 45 % de la population, ont besoin d’aide humanitaire.