La Maison de l’Amérique latine (MAL), institution qui célèbre ses 80 ans dimanche 18 octobre, est mise en danger par une mise en vente des locaux qu’elle loue dans le 7e arrondissement de Paris. Ancien ambassadeur de France au Salvador, au Mexique et au Brésil, Alain Rouquié l’a présidée entre 2003 et 2024. Dans un entretien au Monde, cet ancien directeur des Amériques et des Caraïbes au Quai d’Orsay explique la situation de l’institution et analyse le déferlement de l’extrême droite dans la région.
Dans votre dernier ouvrage, « Les Dérives d’un continent. L’Amérique et l’Occident » (Métailié, 2025), écrit avant le début du second mandat de Donald Trump, vous vous demandiez où allait l’Amérique latine. Quel est votre sentiment aujourd’hui ?
Pour l’avenir du continent, je suis toujours optimiste. Mais à partir du moment où ce continent est fragmenté, émietté et ne prend plus conscience de lui-même, on peut être pessimiste. Pendant plus de deux siècles, les Etats-Unis ont proclamé que l’Amérique latine était pour les Américains. A plusieurs reprises, ces pays ont essayé de s’échapper de leur emprise. Et au début du XXIe siècle, un client d’une voracité extraordinaire débarque sur la scène, la Chine. Elle achète tout ce dont a besoin le 1,4 milliard de Chinois qui la peuple, dans tous les domaines. En plein boom des matières premières, cette prospérité change tout. Et ça, les Américains ne l’ont pas vu. Pendant sa première présidence [2017-2021], Donald Trump considère que l’Amérique latine, ce sont des “violeurs”, des “voleurs”, des “assassins”, et que ce qu’il faut pour les contrer, c’est un mur. Pendant ce temps, le président chinois, Xi Jinping, se promenait en Amérique latine, et avant lui Hu Jintao.
Les Américains se sont réveillés sous la seconde présidence de Trump, quand ils ont vu le magnifique port de Chancay que les Chinois ont construit au Pérou, et ils ont répondu par la brutalité, les menaces de sanctions. Aujourd’hui, l’Amérique latine est une région d’affrontement direct entre la Chine et les Etats-Unis. Mais la brutalité de ces derniers ne peut pas fonctionner partout, elle n’a d’ailleurs pas marché en Argentine ou au Pérou, d’où il est impossible d’expulser la Chine.
Il vous reste 74.69% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.
Commentaires (0)
Laisser un commentaire
Aucun commentaire. Soyez le premier !