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Ariel Schweitzer, historien du cinéma : « Le film “Naza” ne cherche ni l’emphase ni le sensationnalisme »

Le critique de cinéma analyse, dans une tribune au « Monde », les partis pris esthétiques et les références cinématographiques du film « Naza », réalisé par Yuval Abraham et Rachel Szor, et projeté en France les 12 et 13 octobre.

Ariel Schweitzer, historien du cinéma : « Le film “Naza” ne cherche ni l’emphase ni le sensationnalisme »
HaitiCreoleRadio.com

Le débat autour du nouveau long-métrage Naza s’est focalisé, à quelques exceptions près, sur les révélations journalistiques du film et leurs répercussions politiques. Il est vrai que les journalistes Yuval Abraham et Rachel Szor [réalisateurs de Naza] ont probablement choisi le cinéma comme moyen d’expression afin d’élargir le débat autour des questions politiques que ce film soulève.

Mais ils avaient déjà fait l’expérience de ce média, et de manière percutante, dans le documentaire No Other Land (2024) qu’ils ont réalisé avec Basel Adra et Hamdan Ballal. Je pense que c’est précisément l’analyse du langage cinématographique, de la forme d’expression propre au film, ainsi que des différentes références cinématographiques qui entrent en résonance avec lui, qui permet de mieux saisir certains de ses enjeux politiques.

La première chose qui frappe est la simplicité et l’intelligence du dispositif cinématographique sur lequel Naza repose. Assis sur le toit d’un immeuble à Tel-Aviv, Yuval Abraham s’entretient avec différents témoins au sujet de la machine militaire chargée d’éliminer les membres du Hamas, ainsi que des « dommages collatéraux » (naza en hébreu) – autrement dit, le risque de tuer des civils non impliqués – produits par cette machine, à laquelle ces témoins eux-mêmes ont activement participé.

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Les témoignages passent essentiellement par la parole et, parfois, par des schémas qu’ont dessinés certains des interlocuteurs pour expliquer, par exemple, les probabilités relatives au nombre de victimes civiles estimé dans un immeuble de plusieurs étages. Le ton est sec, presque laconique ; le vocabulaire, souvent technique. Et c’est précisément cette sécheresse qui produit le choc. Le documentaire ne cherche ni l’emphase ni le sensationnalisme. Il recourt très peu aux images d’archives des destructions à Gaza. A l’exception notable d’une courte séquence, à la fin du film, montrant un père à la recherche de sa famille sous les décombres, Naza laisse hors champ les images de la catastrophe. Cette dernière scène donne alors un visage à l’horrible réalité dissimulée derrière les chiffres « Naza 7 », « Naza 15 », jusqu’à « Naza 500 », selon l’un des témoignages.

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