Sur la piste saoudienne des attentats du 11-Septembre
Sur la piste saoudienne des attentats du 11-Septembre
Épisode 1/4
Épisode 2/4
Épisode 3/4
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Attentats du 11-Septembre : la justice empêchée et paralysée, entre raison d’Etat et influence saoudienne
Par Christophe Ayad et Guillaume DasquiéEnquête« Sur la piste saoudienne des attentats du 11-Septembre » (4/4). Un quart de siècle après, l’attentat le plus meutrier de l’histoire n’a encore débouché sur aucun procès. Plus de 10 000 plaignants, des victimes ou leurs familles, s’impatientent et s’indignent que les rapports d’enquête soient déclassifiés au compte-gouttes. L’inertie de la Maison Blanche est particulièrement mise en cause.
Au commencement, des mains se sont tendues. Sharon Premoli se souvient de celles d’un inconnu qui l’ont soulevée pour progresser dans la fumée et les débris. Le 11 septembre 2001 au matin, elle travaillait dans un bureau du World Trade Center quand des avions de ligne ont pulvérisé les murs. Alors qu’elle dévalait sur près de 80 étages les escaliers de la tour nord, la tour sud s’est effondrée. Arrivée dehors, le chaos. Les amas brûlants. Elle découvre des blessures à ses jambes, tandis que des mains étrangères la saisissent, pour l’aider.
Ensuite, sur plus de deux décennies, Sharon Premoli égrène la liste des mains qui se sont dérobées, lors d’un entretien accordé au Monde à l’occasion des 25 ans de l’attentat perpétré par Al-Qaida. Un inventaire de faux serments, de trahisons : « Il faut mesurer l’influence qu’a l’Arabie saoudite sur les membres du Congrès et même sur nos présidents. A commencer par George W. Bush, responsable à bien des niveaux. » Et Barack Obama est « ma plus grande déception » : il avait opposé, sans succès, son veto à la loi Jasta (Justice Against Sponsors of Terrorism Act), ce texte de 2016 permettant aux victimes américaines de poursuivre l’Arabie saoudite et tout gouvernement soutenant le terrorisme.
Sharon marque une pause sur l’année 2019. Le président Donald Trump exerce alors son premier mandat et décide de recevoir des victimes ou leurs familles pour satisfaire une promesse de campagne : déclassifier les documents nécessaires à leur combat. Il incarne l’espoir. « Nous étions vingt-deux à être invités à la Maison Blanche (…). Je l’ai donc rencontré avec son épouse dans la salle bleue. Nous étions là avec nos avocats (…). Chacun d’entre nous a pu plaider sa cause. Ma requête a été la suivante : “S’il vous plaît, déclassifiez ces rapports-là. Nous en avons besoin. Nous nous battons pour la justice.” Il a dit à tout le monde, aux personnes qui avaient perdu leurs enfants, leur conjoint, leur frère ou sœur : “Ne vous inquiétez pas, c’est réglé. Je vais déclassifier ces documents.” Tout le monde est rentré chez soi. Le surlendemain, son ministre de la justice a invoqué la loi sur les secrets d’Etat et mis les documents sous le boisseau, à l’exception d’un seul déjà en partie déclassifié. »
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