Six jeunes Khmères, la vingtaine tout au plus, patientent en tenue d’écolière, les yeux rivés sur leur téléphone. Aucun client à l’horizon. Dans ce bar-restaurant aux néons criards, un vieux match Argentine-Brésil, du temps de Ronaldinho, défile sur un grand écran devant une poignée de tables désertes. En ce samedi soir de juillet, il règne une drôle d’ambiance à Poipet, ville casino du nord-ouest du Cambodge. Située à la frontière avec la Thaïlande, la cité est surtout connue pour ses jeux d’argent, sa vie nocturne, ses plaisirs tarifés. Et, plus récemment, elle s’est également démarquée en devenant l’un des plus grands repaires de scammers : des travailleurs venus d’Asie, mais aussi d’Afrique, souvent piégés et forcés d’œuvrer pour les complexes d’arnaque en ligne qui pullulent dans la région.
Il y a encore quelques mois, des groupes de Chinois et d’Indonésiens gravitant autour de ces réseaux criminels venaient trinquer jusqu’à l’aube, sept jours sur sept. « Vous savez bien pourquoi il n’y a plus personne », glisse l’un des serveurs, sourire crispé. Erigée en priorité nationale au début de l’année par le gouvernement cambodgien sous la pression, notamment de Pékin, son principal partenaire économique, la campagne de lutte contre les opérations de cyberfraude a fini par rattraper Poipet au printemps.
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