Au milieu d’une phrase, Danielle Smith s’interrompt. La voix chancelante, émue, la première ministre de l’Alberta (Parti conservateur uni, PCU, droite conservatrice) évoque ces habitants qu’elle a croisés à travers la province, étranglés par le coût de la vie, amers de se sentir délaissés par Ottawa, la capitale fédérale du Canada. « Quand des gens fiers et travailleurs ont le sentiment que leur contribution est tenue pour acquise, que leurs moyens de subsistance sont voués à disparaître, certains commencent à se poser une question douloureuse : “Ce pays veut-il encore de nous ?” »
La scène se déroule le 19 septembre, lors d’une assemblée virtuelle consacrée à l’avenir de l’Alberta, surnommée le « Texas du Nord » pour le poids que l’or noir y occupe : près de 85 % de la production canadienne de pétrole provient de cette province de l’Ouest canadien. Danielle Smith, 55 ans, se livre alors à un exercice délicat : celle qui a largement contribué à attiser le ressentiment envers Ottawa, donnant des ailes aux indépendantistes, tente de convaincre ses concitoyens de rester au sein du Canada. Lundi 19 octobre, les Albertains seront appelés aux urnes pour répondre à 10 questions, dont l’une éclipse toutes les autres : souhaitent-ils rester dans la fédération canadienne ou engager une procédure pouvant mener à un référendum – contraignant cette fois – sur leur indépendance ?
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