Il fut un temps pas si lointain où le Kenya regorgeait de rédacteurs payés par des étudiants étrangers pour rédiger leurs dissertations à leur place. À Nairobi, les plus zélés “conduisaient des Subaru neuves, possédaient les derniers smartphones et réservaient des tables VIP dans les discothèques”, raconte The New York Times. Mais le travail se tarit avec la montée en puissance de l’intelligence artificielle (IA) et l’exemple du Kenya pourrait bien servir d’avertissement, estime le quotidien américain.
Parmi ces premières victimes de l’IA, le New York Times raconte l’expérience de Teresios Bundi, originaire d’un village rural du pays est-africain. En 2011, il devient le premier de sa famille à entrer à l’université, à Nairobi, où il découvre la possibilité de gagner de l’argent en rédigeant des devoirs pour le compte d’étudiants étrangers vivant à l’autre bout de la planète.
Une forme de “réussite kényane”
“M. Bundi ne le savait pas encore, mais il vivait l’âge d’or du microtravail en ligne. Tout juste connectés au réseau mondial et avides d’opportunités, des jeunes diplômés issus de pays comme le Kenya, les Philippines et l’Inde trouvaient des débouchés dans les interstices de l’économie numérique”, résume le journal new-yorkais. Au Kenya, certains rédigent des dissertations, d’autres retranscrivent des réunions, entrent des données ou examinent des contenus pour le compte de grands groupes de la tech. Au début des années 2020, des recherches estimaient qu’au moins 40 000 personnes gagnaient leur vie en rédigeant les devoirs d’étudiants étrangers à Nairobi.
Pour Teresios Bundi, les affaires marchent si bien qu’une fois diplômé, il choisit de délaisser sa branche, la santé publique, pour monter une petite entreprise de rédaction de dissertations. Les rédactions sont facturées de 40 à 70 dollars (entre 35 et 61 euros environ). Le jeune homme emploie des étudiants qui “travaillent entre les cours et dorment quand ils sont trop fatigués pour écrire”, écrit le Times.
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Je m’abonne“Peu de gens éprouvent de la sympathie pour ceux qui facilitent un système international de tricherie. Pourtant, ces ‘usines à dissertations’ constituaient, à leur manière, une réussite kényane, souligne le quotidien. Puis l’IA est arrivée, et la belle époque a pris fin.”
Aujourd’hui, Teresios Bundi, 34 ans, a fermé son entreprise après avoir vu se tarir le flot de commandes. Et comme lui, dans un pays où plus d’un quart des jeunes sont au chômage, beaucoup peinent à se reconvertir. Seuls parviennent encore à faire des affaires les “humanizers”, spécialisés dans l’édition de copies rédigées à l’aide d’une intelligence artificielle, afin de rendre cette dernière indétectable.
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