En matière de politique migratoire, l’extrême droite promet un regain de violence : en réponse à la « crise migratoire », et à une « submersion » fatale, il faudra de la police au centuple. A gauche, l’on crie alors à l’instrumentalisation par la peur et l’on finit par condamner les mots eux-mêmes : au sujet des migrations, tout synonyme de « catastrophe » est désormais proscrit, surtout en période électorale. Cette police de la langue se veut stratégique : il s’agit de ne pas faire le jeu, anxiogène, de l’extrême droite. Elle est inefficace : l’extrême droite déroule son discours, et gagne.
Cette police de la langue s’arme d’une prétention à la raison. Pour « dépassionner » le débat, l’histoire est convoquée pour prouver que « de tout temps », nous avons migré. C’est comme détourner le regard du changement climatique au motif que le climat a toujours changé. Les chiffres doivent enfoncer le clou : « ils ne sont pas si nombreux », faut-il répéter. En plus d’être scabreux, ce comptage aveugle : pointer le dernier nombre de passages de la frontière, c’est répondre par la météo à la question du climat. Ces discours sont tenus pour faire taire, non pour faire voir.
Les migrations contemporaines ne sont pas organisées par des « islamo-gauchistes » fomentant le « grand remplacement » et la ruine de l’Europe. Elles ne sont pas davantage une lubie de milliardaires cyniques et néo-fascistes réunis. Ces deux récits fabriquent une même irresponsabilité. Pour les uns, il suffirait d’enfermer les « migrationnistes » et de dresser des frontières de plus ; pour les autres, il suffirait de casser la propagande xénophobe et d’ouvrir des abris supplémentaires. Une fois l’opposant réduit au silence, cela serait donc réglé d’un simple geste, de violence ou de clémence.
En quête de territoires refuges
Il en est des migrations comme du climat : un déni empêche de saisir l’ampleur du bouleversement en cours. Un « migratoscepticisme » s’enracine particulièrement à gauche, où l’on combat pourtant le climatoscepticisme, et où l’on devrait savoir et faire savoir que le choc climatique annonce bien un choc migratoire.
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