Une blague douce-amère fait le tour des cafés de Sarajevo ces jours-ci : « L’Union européenne éclatera avant la Bosnie-Herzégovine. » A l’issue des élections générales du 4 octobre dans ce pays très divisé de 3 millions d’habitants, un constat s’impose : l’intégration dans l’Union européenne (UE) avance à reculons.
Le scrutin a été remporté par les partis nationalistes serbes, croates et bosniaques, au détriment des forces qui prônent le dépassement des clivages identitaires. Et « pour la première fois, l’enjeu de l’intégration dans l’UE a quasiment disparu de la campagne électorale, alors qu’il était au centre de l’attention durant les éditions précédentes, analyse Adnan Cerimagic, chercheur bosniaque au cercle de réflexion European Stability Initiative. Au contraire, les nationalistes l’ont utilisée comme punching-ball pour mobiliser leur base. » Presque tous les partis bosniens persistent pourtant à se déclarer favorables à une intégration dans l’UE. Mais aucun n’a fait campagne sur une promesse crédible d’accélération du processus.
Dans l’entité serbe (République serbe de Bosnie, ou RSB), le Parti des sociaux-démocrates indépendants (connu comme le « SNSD de Milorad Dodik »), une formation nationaliste serbe qui désigne l’UE comme un adversaire et fait donc figure d’exception, a très largement remporté le scrutin. Lui-même inéligible pour avoir demandé que la RSB fasse sécession de la Bosnie-Herzégovine, Milorad Dodik aligne ses propos sur les positions du Kremlin et des cercles pro-Trump à Washington, en houspillant une Europe bureaucratique « globaliste », qui chercherait à imposer sa volonté et à affaiblir les communautés chrétiennes face aux Bosniaques musulmans.
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