Daniel Noboa (Équateur), José Antonio Kast (Chili), Nasry Asfura (Honduras), Laura Fernández (Costa Rica), Keiko Fujimori (Pérou), Abelardo de la Espriella (Colombie), sans oublier Rodrigo Paz (Bolivie) : depuis quelques mois, l’Amérique latine a mis le cap à droite, et même très à droite, comme le rappelait il y a quelques mois le site Connectas. Dimanche 4 octobre, le dernier verrou (en dehors du Mexique) pourrait sauter au Brésil : Flávio Bolsonaro viendrait alors s’ajouter à ces leaders qui, de Tegucigalpa à Buenos Aires, ont résolument fait basculer le continent dans le giron des États-Unis.
C’était le projet de Donald Trump, sa “doctrine Donroe” – soit “la réinterprétation trumpienne de la fameuse doctrine Monroe, du nom du président James Monroe (1817-1825), qui prétendait faire des Amériques la chasse gardée des États-Unis”, écrivait The Economist au début de l’année après l’intervention des forces spéciales états-uniennes au Venezuela.
En mars, Donald Trump avait déjà annoncé en fanfare la création du Shield of the Americas (Bouclier des Amériques), coalition regroupant les États-Unis et une douzaine de pays d’Amérique latine. Le groupe comprend aujourd’hui 19 pays et prévoit le “partage de renseignements, des opérations militaires coordonnées et une structure d’assistance mutuelle permettant aux pays membres de solliciter l’aide de leurs partenaires, notamment des États-Unis, face aux menaces des cartels ou des gangs”, résume Newsweek.
Au Brésil, le président Lula, 80 ans, candidat à sa réélection, a bien compris l’intention et a fait de la souveraineté nationale son principal leitmotiv dans une campagne plus incertaine que jamais. Soutenu par une coalition de sept partis de gauche et de centre gauche, il a notamment promis d’investir dans la défense pour protéger son pays, explique Connectas, la principale plateforme journalistique de collaboration entre les médias d’Amérique latine, qui cite l’une de ses envolées lors de son investiture : “Je veux que nous soyons prêts afin que personne ne puisse envahir ce pays et enlever son président, comme on l’a vu. Je veux préparer la paix, et non la guerre.”
Face à lui, Flávio Bolsonaro, 45 ans, fils de Jair Bolsonaro, “condamné pour conspiration et tentative de coup d’État à vingt-sept ans de prison, une peine qu’il purge assigné à domicile”, rappelle Connectas. Pour Fabiola Chambi, journaliste à Connectas, l’élection du 4 octobre “n’est pas une élection comme les autres”. Elle sera, dit-elle, “presque plus suivie hors de ses frontières, car elle pourrait reconfigurer tout le panorama politique de la droite sud-américaine, et avec lui l’avenir du Mercosur, la politique climatique en Amazonie, et l’équilibre des relations entre les États-Unis, la Chine et les Brics”.
Voilà pour les enjeux. C’est là-dessus qu’insiste Lula pour convaincre les derniers indécis. Et ils semblent nombreux en cette fin de campagne tant leurs préoccupations sont éloignées de cette bataille géopolitique, se désole le quotidien conservateur Estadão : “‘Souveraineté’, voilà un mot noble – mais aussi un mot flou. Un mot qui convoque, à raison, la dignité nationale, mais qui ne suffit pas à régler les préoccupations immédiates des Brésiliens confrontés à l’inflation, à l’insécurité, au délabrement des services publics, aux bas salaires et à la défiance à l’égard du politique.”
Dans le Nordeste, fief traditionnel de Lula, le quotidien Folha de São Paulo raconte le désenchantement de ses électeurs face à son impuissance lors de son dernier mandat.
C’est tout le paradoxe du Brésil, ce géant fragile. Avec 23,1 % des ressources mondiales identifiées, le pays se classe à la deuxième place derrière la Chine en matière de terres rares. Pourtant, la mine de Minaçu (dans le Centre-Ouest brésilien), la seule du pays à produire des terres rares à l’échelle commerciale, vient d’être rachetée… par les Américains. “Le problème du Brésil, écrit CNN Brasil, n’a jamais été le manque de matières premières. C’est d’avoir trop souvent laissé la valeur ajoutée commencer là où s’arrêtaient ses frontières, et Minaçu en donne une illustration presque cruelle.”
Un problème de souveraineté bien réel qui a poussé Lula à légiférer sur le sujet début septembre pour renforcer l’indépendance stratégique du Brésil quand son adversaire, souligne le Financial Times, promettait au contraire “une coopération plus étroite avec les États-Unis dans le secteur des métaux”. L’ombre de Donald Trump, plus que jamais, plane sur le scrutin.
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