[Cet article a été publié pour la première fois sur notre site le 25 décembre 2025 et republié le 5 octobre 2026]
Des panneaux émaillés étincelants indiquent boucher, café et bon vieux fish and chips ; les scouts peignent les garde-corps des rues ; une bénévole en gilet jaune livre des tasses de thé fumantes aux commerçants du marché. On se croirait dans une charmante série des années 1950.
Sauf qu’on est dans le Yorkshire, en 2025. À Pickering, pour être précis, une ville située dans le parc national des North York Moors et qui a connu des jours meilleurs. Enfin, jusqu’à récemment.
“C’est pendant [la pandémie de] Covid-19 qu’on s’est aperçus que cette ville n’avait vraiment pas l’air aimée”, confie Carrie-Anne Brackstone, 47 ans, une dame du cru qui est revenue à Pickering il y a dix ans après avoir été scénariste pour EastEnders [un feuilleton britannique ultrapopulaire diffusé depuis les années 1980].
Carrie-Anne Brackstone est la directrice des opérations de la Pickering Town Community Interest Company (CIC). Cette organisation a redressé la situation, le secteur public et la fierté de la ville, au point de devenir un modèle pour les villes et villages en difficulté de tout le Royaume-Uni.
Services publics en déshérence
Car les municipalités sont dans le rouge : plus de la moitié des collectivités anglaises risquent d’être insolvables dans les douze mois à venir. Les autorités locales donnant la priorité aux dépenses relatives à leurs obligations sociales, le nettoyage des rues, les bibliothèques, les parcs et les équipements culturels – ces services qui donnent bonne allure à un lieu et font l’orgueil de ses habitants – passent à la trappe.
Résultat, nombre de villes jadis fières ont une triste figure, ce qui affecte l’humeur et la qualité de la vie de leurs habitants et les rendent moins attrayantes pour les touristes. Certains – et ils sont de plus en plus nombreux – ont donc décidé de prendre les choses en main.
C’est le cas des citoyens de Whitchurch, dans le Hampshire : le Whitchurch Conservation Group, fondé en 2020, a rénové les vitrines du centre-ville médiéval et lancé une fête annuelle des enfants avec l’aide de l’Arts Council [un fonds financé par l’État et la loterie nationale qui soutient des projets culturels régionaux].
À Sturminster Newton, dans le North Dorset, les habitants, exaspérés par l’aspect miteux de leur grand-rue, ont repris trois locaux vacants anciennement occupés par des banques pour y créer un marché de produits artisanaux, un magasin d’ameublement d’occasion et une boutique de vêtements pour homme de seconde main.
Et les gens de Lewes, dans le Sussex de l’Est, ont essayé de reprendre l’office du tourisme, qui est menacé par des réductions budgétaires, afin qu’il y ait quelqu’un pour accueillir les visiteurs – ce qui a déclenché une prise de bec avec la municipalité.
Marché artisanal et bons cadeaux
Pickering a donc montré la voie aux autres. Depuis la formation de la CIC, elle est transformée.
Les habitants ont remplacé les plaques de rue noir et blanc par des versions émaillées crème et bleu qui reproduisent celles du début du XXe siècle.
Ils ont lancé un marché de produits artisanaux et un programme de bons cadeaux. Et ils ont formé une foule de bénévoles aux premiers secours et à la gestion de la circulation, pour réduire le coût des événements locaux.
Ils ont également nettoyé et réinstallé Le Brochet et l’Anneau, une sculpture qui rend hommage au mythe de la ville : une jeune femme avait été accusée d’avoir volé l’anneau d’un roi mais le bijou a finalement été retrouvé dans un brochet pêché dans la Costa Beck, la rivière locale.
“Cette statue des années 1970 se trouvait sur un fish and chips qui devait être démoli, explique Carrie-Anne Brackstone. Maintenant, elle trône en bonne place dans le centre-ville.”
Les relations entre la CIC et le conseil local du North Yorkshire sont en général cordiales. Pickering prête même ses bénévoles pour réduire les coûts des événements organisés dans la région. “Ils font de leur mieux, mais l’argent est un gros problème”, déclare Carrie-Anne Brackstone.
Winston Churchill sur les boîtes aux lettres
Jo Elliot, 61 ans, fait le thé pour les commerçants du marché et règle la circulation. Elle est membre enthousiaste du club de marche Mindful Mile. Né de la CIC, il réunit tout le monde, des enfants aux octogénaires, pour une promenade dans le parc suivie d’une tasse de thé tous les samedis, qu’il pleuve ou qu’il vente.
Jo Elliot a quitté le Teesside [zone urbaine située autour de l’embouchure de la Tees], non loin de là, pour s’installer à Pickering en 2021 et considère avoir “beaucoup de chance” et être “très privilégiée” d’avoir atterri ici. L’un des moments forts de la ville a été pour elle le retour du week-end années 1940 cet été – l’événement avait disparu en 2020 pour cause de restrictions budgétaires.
C’est la CIC qui a permis son retour. Les Pickering Yarnbombers, une autre association, ont installé des personnages tricotés à l’effigie de la chanteuse Vera Lynn [1917-2020] et de Winston Churchill sur les boîtes aux lettres de la ville. Ils avaient auparavant exposé des personnages de Harry Potter dans toute la ville. “C’était fabuleux”, confie Jo Elliot.
Un organisme souple
Le général en retraite Andy Gadsby, 75 ans, a été le fer de lance de la rénovation de la signalétique. Il s’est installé dans le Yorkshire avec sa femme, Lisa, il y a dix ans, après avoir passé des années à l’étranger. Sa ville d’adoption s’est “épanouie” au cours des cinq dernières années, se réjouit-il.
“La ville suscite une véritable excitation et une détermination positive, déclare-t-il. On a un noyau de 50 à 60 bénévoles enthousiastes, et quand quelqu’un a une bonne idée, on s’y met tous et on la réalise. C’est rafraîchissant de pouvoir faire les choses et de ne pas attendre que la municipalité les fasse.”
Problèmes de financement mis à part, les organismes communautaires sont plus “souples” que les municipalités parce qu’ils ont moins de paperasserie à gérer et “de personnes à qui rendre des comptes sur la façon dont l’argent est dépensé”, ajoute-t-il.
Maintenant que les rues et la signalétique rutilent, qu’une série d’événements bien fréquentés a lieu tous les ans et que le tourisme augmente d’année en année, le défi pour la CIC, c’est de trouver d’autres moyens d’améliorer la ville, reconnaît Carrie-Anne Brackstone.
Pickering voit plus grand
Pickering a décidé de voir plus grand, avec un projet de construction d’un puits géothermique pour chauffer les piscines, les écoles et les maisons ; l’énergie générée sera ensuite réinjectée dans le réseau national afin de remplir les coffres d’un fonds local. La CIC a commandé une étude de faisabilité en 2024.
Inspiré par les réalisations de Pickering, le Conseil du North Yorkshire s’emploie à constituer des organismes d’ancrage locaux dans les villes et les zones de la région sur ce modèle. Il n’est cependant pas reproductible partout, reconnaît Carrie-Anne Brackstone.
Ce genre de projet de rénovation locale repose sur un réservoir de financeurs et de bénévoles, en général de fringants jeunes retraités qui sont suffisamment en forme pour planter des parterres de fleurs, porter du thé et réguler la circulation.
À venir à Pickering, une série d’événements autour de Noël, avec, entre autres, l’arrivée du Père Noël en train à vapeur à la gare de Pickering, puis une fiesta Beat the January Blues [“Lutter contre la déprime du mois de janvier”], lors de laquelle les bénévoles se réuniront pour fêter leurs succès et échafauder des projets pour l’année à venir.
“On va boire un verre ou deux à notre jolie ville et à nous tous, confie Carrie-Anne Brackstone. Parce qu’on le mérite totalement.”
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