Les 30 et 31 juillet, environ 72 000 Marocains ont afflué vers Ceuta, une enclave espagnole située au nord du Maroc. Tous nourrissaient le même espoir : rejoindre l’Europe. À l’origine de leur départ, une rumeur propagée sur les réseaux sociaux annonçant l’ouverture de la frontière espagnole.

“Mais il faut distinguer deux rythmes”, estime le site d’information marocain Enass Media : “celui, lent, des conditions qui rendent le départ pensable, et celui, soudain, de l’événement qui le rend possible. Confondre les deux ferait manquer l’essentiel : ces jeunes n’ont pas décidé de partir cette semaine, ils semblent y être prêts depuis longtemps.” La question des causes profondes de leur départ se pose d’autant plus que l’événement n’a rien d’inédit : déjà en 2021 et 2024, des Marocains avaient tenté de quitter leur pays par vagues.

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“La détermination des migrants à partir a clairement démontré que le Maroc, souvent considéré comme un modèle de réussite en Afrique du Nord, n’a pas su offrir d’espoir à nombre de ses jeunes”, explique The New York Times. Sur le papier, pourtant, le pays est politiquement stable et son économie florissante. Le Maroc multiplie les grands projets d’investissement, avec notamment l’ouverture de deux nouveaux ports d’ici à 2028 et les travaux prévus pour la prochaine Coupe du monde de football, qu’il coorganisera avec l’Espagne et le Portugal en 2030.

Une société à deux vitesses

Mais cette croissance ne se traduit pas nécessairement par davantage d’emplois. “Ces politiques d’investissement privilégient les grandes entreprises et créent peu d’emplois durables”, explique au New York Times Najib Akesbi, économiste à l’Institut d’agronomie de Rabat. Et le chômage reste particulièrement élevé. Selon les chiffres du gouvernement, il atteint environ 10 % au niveau national, et oscille autour des 30 % chez les jeunes de 15 à 24 ans. Plus inquiétant encore, un quart des 15-24 ans sont des “Neet”, acronyme anglophone désignant les personnes sans diplôme, sans emploi et sans formation, rapporte Le Desk.

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Résultat : plus de la moitié des moins de 30 ans rêvent de quitter le pays, selon un sondage cité dans un article de Tel Quel et paru en août 2024. Enass Media résume ainsi la situation :

“Ces jeunes semblent fuir un pays qui progresse sans eux, et dont ils mesurent chaque jour les réussites sans jamais y avoir part.”

À l’automne dernier, leur frustration s’est exprimée dans la rue. Des manifestations menées par la jeunesse ont éclaté dans plusieurs villes du pays pour dénoncer le coût de la vie, le chômage de cette catégorie de la population et les priorités économiques du gouvernement, notamment les investissements massifs consacrés à la Coupe du monde. “Mais les autorités ont réagi par des arrestations et des poursuites contre les militants”, conclut le New York Times.