LES évolutions de la politique américaine – notamment sur l’Ukraine, la sécurité européenne et les rapports de force avec la Chine – obligent les Européens à redéfinir en profondeur la relation transatlantique. Il ne s’agit ni de rompre avec les États-Unis, nous n’en avons pas les moyens, ni de nier l’importance de l’Alliance atlantique, mais de tirer les conséquences d’un environnement dans lequel les interdépendances économiques, technologiques et financières peuvent devenir des instruments de puissance.
Une première conclusion s’impose : plusieurs tendances observées ces dernières années sont susceptibles de durer au-delà des alternances politiques américaines. La priorité accordée à l’Indo-Pacifique, l’utilisation stratégique des dépendances économiques et financières et l’incertitude sur la constance de l’engagement américain en Europe invitent l’Union européenne à réduire ses vulnérabilités les plus critiques.
La question n’est pas tant de savoir si l’Europe démocratique peut se passer des États-Unis. Elle est de savoir comment modifier une relation devenue essentiellement commerciale. Dans l’esprit du president Trump, la notion d’alliés a été remplacé par celle de clients et de fournisseurs. Sans renoncer à nos valeurs (autre débat), il faut comprendre que cette approche mercantile est là pour durer (n’a-t-elle pas toujours été là, depuis la Seconde Guerre mondiale) et que le rapport de force qu’elle implique nous oblige à prendre nos responsabilités. Pour cela il nous faut identifier les principales dépendances stratégiques qui limitent la marge de manœuvre européenne et de concentrer les efforts sur les capacités dont la maîtrise conditionne réellement une plus grande autonomie de décision et d’action.
Cette démarche concerne d’abord la défense et la sécurité, mais aussi le numérique, la finance, le commerce et l’énergie. Elle doit conduire à un rééquilibrage capacitaire. Une Europe démocratique davantage capable d’agir par elle-même ne serait pas nécessairement moins atlantiste : elle pourrait, au contraire, permettre de redéfinir de fond en comble notre relation sur des bases moins asymétriques.
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