Vu de Russie - Un champ de bataille
“Toute la journée de samedi, l’actualité de France ressemblait à des bulletins du front”, s’exclame le tabloïd Komsomolskaïa Pravda, qui compare la place de la République, à Paris, à “un champ de bataille”. Dans la même tonalité, le média pro-Kremlin Vzgliad décrit “la plus grande vague de pogroms, de pillages et de violences de ces dernières années”. Des voitures incendiées et des magasins pillés qui “rapportent des points” au Rassemblement national (RN), se réjouit Komsomolskaïa Pravda qui voit d’un bon œil une possible victoire de ce parti à la prochaine présidentielle. L’arrivée à l’Élysée de Marine Le Pen, qui a longtemps affiché des positions favorables à la Russie, pourrait en effet remettre en question le soutien français à Kiev.
Vu d’Algérie - Une crise de régime
“Une France sonnée et sans perspectives”, titrait El-Watan le 19 octobre. “La colère de la jeunesse a rejoint le désespoir des fins de mois. L’étincelle s’est transformée en brasier national”, ajoute le quotidien d’Alger dans un éditorial. Ailleurs dans la presse algérienne, le quotidien d’État L’Expression parle d’“un pouvoir sourd”. Le Quotidien d’Oran estime que “la France [est] au bord de la rupture” et voit dans ces tensions “une crise de régime, une convergence de tensions qui révèlent l’épuisement d’un modèle” et dans l’état de l’Éducation nationale un “point de rupture d’un contrat social rompu”.
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Je m’abonneVu de Hongrie. Une simplification grave
Le 18 octobre, le Premier ministre Peter Magyar a lié les émeutes en France à l’immigration et a affirmé qu’elles justifiaient la position ferme de la Hongrie, relate Telex. “C’est Orban qui a dicté cela ?” s’insurge l’ex-égérie lycéenne Lili Pankotai, citée par Refresher, reprochant au chef de gouvernement de copier son prédécesseur et d’éclipser les raisons de la grogne. “Une simplification grave” car “la France affronte une crise politique et sociale depuis plus de dix ans”, relève le commentateur Peter Tarjanyi, relayé par Vilaggazdasag. “Magyar cherche la cause de la colère au mauvais endroit” et “nourrit la suspicion à l’égard des immigrés”, enchaîne Kontroll. Il “se focalise sur les migrants au lieu de chercher à comprendre la situation”, car les manifestations “s’inscrivent dans une crise européenne plus vaste alimentée par le coût de la vie et le démantèlement des services publics”, recadre le politicien de gauche Andras Jambor, repris par Index.
Vu de Malaisie - L’épicentre d’un mouvement européen
“Vague de manifestations dans cinq pays européens”, titre le quotidien malaisien en langue chinoise Sin Chew Jit Poh le 19 octobre. “La France est l’épicentre d’un mouvement qui, selon certains signes, s’étend au-delà de ses frontières”, écrit le journal qui passe en revue les autres mouvements de protestation qui ont secoué l’Europe le week-end dernier : en Belgique, des “violences organisées”, dixit le ministre de l’Intérieur du pays, en marge des manifestations de lycéens, d’étudiants et de citoyens à Bruxelles et à Liège ; au Portugal, des “dizaines de milliers de personnes […] rassemblées dans le centre de Lisbonne pour protester contre la flambée des prix de l’immobilier et la crise du logement” ; en Italie, des affrontements entre manifestants et policiers à Milan et à Bologne ; enfin, en Albanie, de “violentes manifestations” qui ont eu lieu pour le cinquième jour d’affilée à Tirana (lire page 22), issues d’une révolte de la jeunesse “contre la médiocrité des universités et le coût élevé des études”. Les prémices de mouvements similaires se font également sentir en Grèce, en Allemagne et en Autriche, où “des mobilisations sont attendues la semaine prochaine”, annonce le Sin Chew Jit Poh.
Vu d’Israël - La “gauche radicale et l’islamisme” sèment le chaos
“La France en flammes”, titrait le 18 octobre le quotidien de droite Yediot Aharonot. Pour le quotidien conservateur Israël Hayom, les débordements en France, mais aussi ailleurs en Europe, “mettent en lumière les dangers du rapprochement entre la gauche radicale et l’islamisme. Une alliance nourrie par la haine d’Israël, qui menace l’ensemble du monde occidental”. “Des manifestations à Paris ? Voilà Greta Thunberg et la brigade pro-Palestine”, avait ironisé la semaine dernière le ministère des Affaires étrangères israélien sur X. Une vision contestée par le quotidien de gauche Haaretz pour qui les revendications du mouvement restent avant tout économiques et sociales. Pour la correspondante du Yediot Aharonot, ces manifestations et ces débordements sont l’illustration d’une “France profondément polarisée” entre “la gauche radicale, le gouvernement et l’extrême droite” à quelques mois de l’élection présidentielle de 2027.
Vu d’Ukraine - Loin de nos Maïdan
Les médias ukrainiens ne cachent pas leur incompréhension, à l’image de l’essayiste Ielizaveta Belska qui, sur le site de la chaîne de télévision Espresso, évoque les mouvements de contestation sur Maïdan, en 2004 et 2013-2014. “Je vois ces images et me souviens de nos Maïdan, écrit-elle. Je sens encore l’odeur des pneus brûlés, je revois les barricades, les pavés démontés pour se protéger des forces de l’ordre. Je me souviens des gens battus, mutilés, tués. Mais il n’y avait pas de pillage. Personne ne pillait les magasins et en sortait avec des vêtements, des chaussures ou du matériel électronique. Au contraire, les gens apportaient sur place des vivres, des médicaments, de l’argent, des vêtements chauds. Les cuisines et les antennes médicales fonctionnaient dans la rue. Et les groupes d’autodéfense maintenaient l’ordre. Il y avait bien des possibilités de vol, mais cela ne venait pas à l’esprit des Ukrainiens de lutter contre [le président] Viktor Ianoukovitch en pillant les boutiques des environs.”
Vu des États-Unis - Un avertissement
“La France brûle”, proclame à la une le New York Post le 19 octobre, évoquant les “émeutes de la gauche radicale” et le pillage de boutiques de luxe. Le tabloïd conservateur fait ainsi écho aux mots du président Donald Trump, qui avait posté la veille sur Truth Social : “La France brûle ! L’immigration de personnes venues d’un monde entièrement différent, des gens qui portent la haine dans leur cœur, a brisé cet ancien grand pays.” Son vice-président J. D. Vance l’avait précédé, invoquant lui aussi l’immigration : “Les libéraux ont importé le tiers-monde en France et dans d’autres pays au nom de la diversité et de la compassion, en ignorant des questions fondamentales d’assimilation et de compatibilité”. “La France est en proie à une violente déprime démocratique, et ça va probablement empirer. N’allez pas croire que cela ne pourrait pas arriver aux États-Unis vu l’état actuel de la politique américaine”, avertit également The Wall Street Journal.
Vu du Mexique - Un effet miroir
“Une crise de la démocratie libérale”, résume le quotidien Milenio qui considère que les racines de la crise actuelle sont à chercher du côté du manque d’investissements dans l’éducation. Malgré les “5,1 % de son PIB consacrés à l’éducation”, explique le quotidien, la France “investit davantage pour les personnes âgées que pour les jeunes”. “L’État français consacre un quart de son budget aux pensions de retraite et un autre quart aux services sociaux, la santé, les allocations chômage et l’éducation”, écrit Milenio. Au-delà du cas français, le journal y voit un possible avertissement pour le Mexique, où la colère monte également, notamment face aux défaillances du système de santé : “C’est ce que nous commençons à observer au Mexique avec l’Institut mexicain de la Sécurité sociale.”
Vu de Pologne - Un échec “sur toute la ligne”
Après le 17 octobre, Rzeczpospolita évoque un échec “sur toute la ligne” des forces de l’ordre, là où l’Hexagone possède “des forces de l’ordre parfaitement équipées ainsi qu’un système de renseignement intérieur étendu”. Selon le quotidien conservateur, seuls 10 000 policiers ont été mobilisés contre 60 000 au plus fort du mouvement des gilets jaunes, et ce, alors que “les militants Black Bloc, anarchistes et sympathisants de la gauche radicale”, ont pris le dessus sur les lycéens, samedi. Le quotidien libéral Gazeta Wyborcza estime que “la France semble se diriger vers une situation prérévolutionnaire à moins qu’elle n’y soit déjà plongée”.
Vu de Grèce - Le coq français réveille l’Europe
“Soulèvement social en Europe”, titrait le 19 octobre Efsyn sur la photo d’une voiture en flammes place de la République, à Paris. “La rage populaire frappe un à un les pays du Vieux Continent”, écrit le quotidien de gauche, établissant un lien entre les mobilisations en France, en Albanie, en Belgique et dans la péninsule Ibérique. “Le coq français réveille l’Europe”, estime, dans un éditorial, le journal, pour qui “le climat rappelle beaucoup mai 1968”. Dans un pays frappé de plein fouet par une crise économique et sociale, aucun doute sur les raisons de la colère : “C’est l’austérité perpétuelle conduisant à la stagnation des revenus du travail et à l’effondrement de la santé, de l’éducation et de l’État-providence.”
Vu des Pays-Bas - Un cercle vicieux
“La guerre est la continuation de la politique par d’autres moyens”, disait le penseur prussien Carl von Clausewitz. “En politique française, c’est souvent l’inverse”, constate De Volkskrant le 19 octobre en titrant sur sa une : “La France prisonnière du cercle vicieux de l’impuissance et de la violence”. Le journal néerlandais se remémore, pêle-mêle, les “gilets jaunes”, la contestation de la réforme des retraites ou encore le mouvement Bloquons tout, et cherche à expliquer “pourquoi les mouvements sociaux dégénèrent si souvent en France”. C’est en bonne partie à cause de la verticalité du pouvoir, qui réduit mécaniquement les citoyens à un sentiment d’impuissance, explique De Volkskrant. Résultat : “Outre leur bulletin de vote, la manifestation est la seule arme politique dont disposent les Français.”
Vu du Canada - Poutine et Trump se régalent
“Le ‘modèle français’ a eu ses grandes années, avec une école et des universités respectées, des soins de santé sans égal, une générosité sociale faisant l’envie du monde entier, estime Le Devoir. Mais depuis soixante ans, la dette publique de la France a connu une hausse quasi ininterrompue, passant d’environ 20 % du PIB au milieu des années 1960 à 120 % aujourd’hui.” Résultat : “Le déclassement du pays est dramatique”, assène le quotidien québécois. Dans ce contexte, “des manifestations légitimes, une fois de plus, ont été ‘doublées’ et usurpées par des casseurs (en nombre inouï), qui s’en sont pris aux commerçants et aux symboles de la République”. “Du pain bénit pour le Rassemblement national”, souligne le journal. Mais aussi pour Poutine et Trump qui “se régalent du naufrage de la France”.
Vu d’Iran - La confrontation de deux réalités
“La France brûle”, titrait le quotidien Sazandegi le 19 octobre sur une photo d’une voiture incendiée place de la République à Paris. “Les rues de France sont le théâtre d’un conflit entre deux réalités : d’une part, les revendications sociales provenant des salles de classe et celles contre la vie chère, de l’autre, la violence qui alourdit le coût des protestations pour la société en détruisant les biens publics et privés.” Le journal réformateur rappelle que le gouvernement a promis des changements, que “les manifestants ne voient rien de concret” et que “l’opposition s’adonne à de la récupération politique”.
Vu du Venezuela - Une crise de légitimité
La colère française constitue un miroir dans lequel le Venezuela ferait bien se regarder, estime, dans une tribune publiée par El Nacional, l’économiste Benjamín Tripier. À ses yeux, la France vit “une crise de légitimité dans une démocratie mature” : les institutions fonctionnent mais une partie de la société ne croit plus à leur capacité à résoudre les problèmes. Benjamín Tripier estime que le Venezuela, en cours de reconstruction depuis la capture de Nicolás Maduro par un commando américain le 3 janvier, ne doit pas attendre que sa propre crise sociale “se transforme en une crise de légitimité irréversible”. Alors que la colère gronde sous la tutelle américaine, la leçon à retenir est que ni la richesse pétrolière ni les élections ne suffisent sans justice sociale, services publics et participation de la population.
Vu d’Afrique du Sud - Sans gouvernail
Confrontée à l’explosion de sa dette, la fracturation de sa vie politique et la montée de l’extrême droite, la France est en train de perdre son statut de “valeur sûre” de l’Europe auprès des marchés financiers alertait, dès le 6 octobre, l’analyste économique Natale Labia, dans une tribune publiée par le Daily Maverick. Au-delà de la dette, le pays donne l’impression qu’il “n’a plus de gouvernail”. Et alors que les violences en marge du mouvement lycéen renforcent les doutes, les marchés “punissent la France comme jamais” : les taux d’intérêt des obligations à dix ans de la France sont à leur plus haut niveau depuis 2002. “Ce que la France perd, c’est sa ‘prime de sagesse’ : cette conviction, ancrée de longue date, selon laquelle il était impensable que Paris soit mis sur le même plan que la périphérie de la zone euro. Désormais, les rendements obligataires français sont supérieurs à ceux de l’Italie et de la Grèce”, observe Natale Labia.
Vu d’Indonésie - Le symptôme d’une crise mondiale
Pour le quotidien Kompas, derrière la crise sociale qui secoue la France, l’Italie, le Portugal et l’Albanie se trouve un dénominateur commun : l’érosion du pouvoir d’achat. Un phénomène qui dépasse largement les frontières du Vieux Continent mais ne suscite pas les mêmes réactions partout dans le monde. En Chine, la population “mène discrètement une grève de la consommation plutôt que de descendre dans la rue pour protester”, pratiquant l’épargne drastique. Une réaction non moins préoccupante, faisant planer le risque d’une stagnation économique prolongée. Pour Kompas, ces “deux visages de la crise” sonnent comme un “avertissement pour l’Indonésie”, où la classe moyenne subit elle aussi de plein fouet la hausse des prix alimentaires et du carburant. Le quotidien met en garde Jakarta contre un double écueil : l’inaction face à la vie chère, comme en Europe, et l’illusion que de simples injections de liquidités suffiront à restaurer la confiance des ménages, comme en Chine.
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