Il nous faut un âne”, m’annonce mon époux, le matin de notre départ pour dix jours de randonnée sur les traces de Robert Louis Stevenson. Je lui marmonne qu’on n’a quand même pas autant de bagages que Stevenson, ouvrant à cet effet mon exemplaire passablement défraîchi de Voyage avec un âne dans les Cévennes [paru en anglais en 1879, en français en 1925] : “Un revolver, une petite lampe à alcool […], deux assortiments complets de vêtements de rechange – outre mes habits de voyage en velours campagnard, mon paletot de marin et un chandail en tricot – quelques livres, ma couverture de voyage […], des plaquettes de chocolat et des boîtes de saucisses boulonnaises […], un gigot froid de mouton, une bouteille de beaujolais, une boîte vide destinée à contenir du lait, un fouet à œufs et une provision importante de pain bis et blanc.”

Le plus lourd était encore son sac de couchage cousu sur mesure dont il venait de faire l’acquisition : “Une sorte de long rouleau ou saucisson en bâche verte imperméable à l’extérieur et en fourrure de mouton bleue à l’intérieur.” Stevenson explique que c’est le poids et l’encombrement de ce sac (acheté 80 francs et deux verres de bière) qui le poussent d’ailleurs à acheter un âne (pour 65 francs et un verre de brandy), qu’il baptise “Modestine”.

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