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Géopolitique

« Dire aux lycéens français “de retourner travailler parce que les petits copains, en Chine, travaillent dur”, c’est méconnaître totalement la situation chinoise »

S’il est vrai que les élèves chinois doivent redoubler d’efforts pour préparer leur entrée à l’université, une résistance se fait de plus en plus entendre dans le pays, dont les mots rappellent ceux des lycéens français depuis le début des mobilisations, observe le sociologue Jean-Lo

« Dire aux lycéens français “de retourner travailler parce que les petits copains, en Chine, travaillent dur”, c’est méconnaître totalement la situation chinoise »
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Au-delà du cliché qu’évoque la dernière sortie du député [Les Républicains, Hauts-de-Seine] Philippe Juvin le 1er octobre, jour de la fête nationale chinoise, c’est l’ignorance de nos dirigeants qui s’exprime. En effet, dire aux lycéens français « de retourner travailler, de travailler dur parce que les petits copains en Chine, ils travaillent dur », c’est méconnaître totalement la situation en Chine. Le système éducatif y est en effet depuis plusieurs années sous le feu des critiques ; non pas celles de quelques dissidents opposés au régime mais aussi d’une large partie de la population, y compris des franges importantes des élites.

Rappelons le contexte : dès l’âge de 2 ou 3 ans, la compétition commence. Il s’agit de placer sa progéniture dans la meilleure crèche puis la meilleure école primaire puis la meilleure école secondaire, pour lui permettre d’intégrer la meilleure université (dans la discipline la plus « bankable ») à l’issue du gaokao, le concours d’entrée dans l’enseignement supérieur. On peut aussi prendre les chemins de traverse et, si on en a les moyens, éviter le gaokao, et intégrer une université étrangère.

Ces processus respectent l’égalité mais pas l’équité. Pour réussir, il faut dépenser beaucoup, notamment en frais de scolarité et en cours extrascolaires. Il faut aussi avoir la chance de résider dans une grande ville et dans un bon quartier, là où se situent les meilleurs établissements. Comme la méritocratie française, la méritocratie chinoise est un leurre. Massification du système de sélection ne veut pas dire démocratisation. Ces inégalités sont régulièrement critiquées sur les réseaux sociaux, mais aussi par la presse et les universitaires chinois dans leurs travaux, sans parler des déclarations des responsables politiques.

Plus globalement, les critiques du système éducatif sont de deux ordres. L’un s’attaque au caractère « inhumain » du système, évoqué par les parents et les chercheurs et surtout par les victimes. Des enfants de 12, 13, 14 ans se lèvent à 6 heures pour se coucher à 23 heures en ayant, entre-temps, suivi les cours à l’école mais aussi en dehors de l’école et réalisé une quantité colossale de devoirs. A la fin de la journée, ils se consacrent à des activités supposées ludiques (sport, musique…), mais en réalité toujours prises très au sérieux. Les vacances sont en large partie consacrées aux devoirs et aux révisions.

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