La une de l’édition du 8 octobre de la revue américaine Science semble imprimée sur cette étoffe d’écorce battue à la main qu’on appelle tapa en Polynésie française, ou kapa à Hawaii. Décrypter la symbolique dont elle est chargée permet de résumer l’étude ainsi mise à l’honneur.
Il y est question de la façon dont les populations polynésiennes ont peuplé les îles du Pacifique et ont évolué suivant une série de “goulets d’étranglement”, c’est-à-dire de moments où le nombre d’individus diminue drastiquement, entraînant une réduction de la diversité génétique. Un effet renforcé, ici, par les migrations d’île en île. Ces travaux s’appuient sur l’analyse du génome de 1 050 personnes couvrant l’ensemble du triangle polynésien (dont les pointes sont la Nouvelle-Zélande, l’île de Pâques et Hawaii).
Le peuplement de ces îles du Pacifique s’est opéré par étapes : un petit sous-groupe d’une population colonisait une nouvelle île, puis un sous-groupe de cette population gagnait une autre île, et ainsi de suite, selon un schéma qui se répétait, dans la logique des poupées gigognes.
Tout serait parti de Mangareva
“En étudiant le génome de personnes issues de populations polynésiennes, les auteurs ont constaté que celles-ci avaient connu des goulets d’étranglement démographiques plus prononcés que d’autres populations fondatrices attestées, comme la population finlandaise. Cole Shanks et ses collègues ont aussi observé que l’effet fondateur s’était accentué au fil des migrations ultérieures”, détaille, en guise de présentation de l’étude, Corinne Simonti, rédactrice en chef à Science.
Sur la couverture, ces goulets d’étranglement sont symbolisés par les formes triangulaires situées au centre du volcan sorti des eaux, lequel fait référence à la nature même des îles polynésiennes. Au-dessus, des étoiles stylisées forment la constellation du Scorpion, aussi identifié sous le nom de “Manaiakalani”, ou “hameçon de Maui” à Hawaii, qu’auraient utilisé les anciens navigateurs pour naviguer entre les îles.
Sous le titre “Incidences insulaires”, on peut lire, au pied du volcan, les lettres formant le mot “Mangareva”. Car, d’après ces travaux, c’est de cette île de l’archipel des Gambier – dans le sud de la Polynésie française –, et non des îles Marquises, que seraient venues les populations de Rapa Nui (l’île de Pâques) et de l’archipel d’Hawaii. Bien que géographiquement éloignées, les populations de ces îles présentent une grande proximité génétique.
Des travaux génétiques vont-ils enfin enterrer la théorie de l’écocide sur l’île de Pâques ?
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