« Ce n’est pas comme ça que je commence d’habitude un concert », a avoué Ed Sheeran, samedi 19 septembre, lors de son entrée sur scène à Philadelphie (Pennylvannie), pour sa tournée Loop Tour.
« Avant de jouer ce soir, j’espère que ça ira si je vous dis quelques mots à propos de ce qu’il s’est passé cette semaine », a continué, visiblement émue, la star anglaise de la pop, au cœur d’une polémique depuis la mise à l’écart, lundi, du rappeur Macklemore qui assurait ses premières parties et qui avait appelé, lors de deux concerts début septembre, à « libérer la Palestine ».
Cette décision, sous la pression de propriétaires de stades américains où se déroulent des spectacles, a valu au chanteur britannique de 35 ans un déluge de critiques sans précédent pour un musicien jusque-là très consensuel.
« Ce qui se passe à Gaza est catastrophique, injustifiable et disproportionné », a déclaré Ed Sheeran à l’ouverture de ce premier show depuis que la polémique est née. « Nos cœurs sont brisés face à l’ampleur de la dévastation et des morts de civils et d’enfants, et l’injustice systémique à laquelle nous assistons en Cisjordanie [occupée par Israël depuis 1967] ne peut être ignorée », a-t-il ajouté.
Accusé de ne pas avoir défendu son ami Macklemore, et d’avoir manqué de courage pour dénoncer le sort des Palestiniens, Ed Sheeran, ancien guitariste de rue devenu l’un des chanteurs les plus streamés de sa génération, a été lâché par les autres artistes participant à sa tournée. Parmi ces derniers, le chanteur Finneas, frère et compositeur de la star Billie Eilish, qui devait partir avec Ed Sheeran en Amérique du Sud plus tard dans l’année.
« Je ne suis pas complice »
« J’ai dû prendre des décisions difficiles, je commets des erreurs et j’en suis vraiment, vraiment désolé », a-t-il dit, acclamé par son public. L’auteur du tube planétaire Shape of You a ensuite donné son concert seul et sans première partie, ce qui est très inhabituel. Il a plus tard été rejoint par cinq musiciens qui ont appris, dit-il, ses chansons en trois jours, alors que « personne ne [souhaitait] monter sur scène avec moi ».
A l’heure où un nombre croissant d’artistes prennent la parole sur le conflit à Gaza entre Israël et le Hamas et son lourd bilan côté palestinien (plus de 73 000 morts et 174 000 blessés), l’Anglais avait déjà affirmé sur Instagram, mardi, « ne pas faire de son métier une plateforme politique ». « Je ne suis pas complice. J’ai mes opinions personnelles sur ce conflit dévastateur. Ce n’est pas parce que je choisis de ne pas m’exprimer publiquement que je n’en ai pas, ou que je ne me sens pas concerné », avait-il ajouté.
Ed Sheeran a notamment assuré avoir échangé avec Robert Kraft, propriétaire du Gillette Stadium de Boston, sans parvenir à trouver une solution. Cet homme d’affaires, qui aurait selon Macklemore convaincu les autres propriétaires de stades de faire pression, a expliqué dans un communiqué qu’il ne « fournirait pas de plateforme aux discours de haine ». Il accuse le rappeur de véhiculer depuis longtemps une « rhétorique et un imaginaire antisémite ». En 2014, Macklemore avait notamment endossé un costume avec un gros nez et une barbe sur scène, un incident pour lequel il s’était publiquement excusé.
Des dizaines de manifestants
Avant le spectacle, samedi, des dizaines de manifestants se sont regroupés au niveau d’une station de métro, près du Lincoln Financial Field, lieu du concert d’Ed Sheeran. Certains agitaient des drapeaux palestiniens et ont entonné « Libérez la Palestine », sous la surveillance d’agents de police installés à deux pas, dans une dizaine de véhicules.
Plusieurs fans de l’artiste britannique interrogés par l’Agence France-Presse à Philadelphie confient avoir hésité à venir en raison de la polémique, alors que d’autres disent avoir revu leur programme.
Des Oscars aux Emmys en passant par les festivals de Cannes ou de Berlin, le conflit à Gaza s’est imposé dans les discussions. D’autant que, malgré un cessez-le-feu entré en vigueur en octobre 2025, Israël poursuit ses opérations à Gaza. Depuis lors, elles ont fait au moins 1 300 morts, selon le ministère de la santé de Gaza, placé sous l’autorité du Hamas, dont les chiffres sont jugés fiables par l’ONU.
Sur le marché de la revente, depuis lundi, les billets pour le spectacle s’échangeaient à un rythme un peu plus soutenu que pour les précédentes dates de la tournée d’Ed Sheeran, selon les chiffres de la plateforme spécialisée TicketData.
Le prix des billets les moins chers a, lui, dégringolé de 123 à 48 dollars (environ 42 euros) samedi soir, mais le fondateur du site, Keith Pagello, recommande de ne pas tirer de conclusion hâtive. « Il y a plus de concerts dont le prix baisse à l’approche de la date, que de concerts dont le prix augmente », observe-t-il.