Les élections législatives prévues le 27 octobre en Israël seront dominées par une question centrale : maintenir ou non au pouvoir le premier ministre, Benyamin Nétanyahou. Sauf que le tournant illibéral ne sera pas inversé en une seule élection. Le centre de gravité des idées politiques s’est déplacé vers la droite, et cette tendance perdurera au-delà de Benyamin Nétanyahou, comme le montrent les conclusions du projet de recherche « The Ideas of Israël » [« Les idées d’Israël »], porté par le Conseil européen pour les relations internationales.
Les élites politiques israéliennes ont longtemps adhéré au projet d’un Etat juif doté d’institutions laïques et démocratiques, aligné sur l’Occident et dont l’existence était protégée par la force militaire et la diplomatie. Ces idéaux libéraux n’ont pas empêché la dépossession et l’exclusion des Palestiniens, le régime militaire et, après 1967, l’occupation et la colonisation de la Cisjordanie et de la bande de Gaza. Néanmoins, Israël a continué à se percevoir et à se présenter au monde à travers ce récit fondateur.
Sauf que, ces dernières années, les idées illibérales, jadis cantonnées aux marges politiques et religieuses, sont devenues majoritaires. L’alliance gouvernementale, composée de la droite traditionnelle (le Likoud de Benyamin Nétanyahou) et de différents courants d’extrême droite, a progressivement adopté le projet des ultranationalistes. Une direction nationaliste religieuse intransigeante, incarnée par le Parti sioniste religieux du ministre des finances, Bezalel Smotrich, et le parti Otzma Yehudit [« puissance juive »] du ministre de la sécurité nationale, Itamar Ben Gvir, s’efforce de transformer l’Etat en un Grand Israël régi par la loi juive.
Cette extrême droite religieuse s’est emparée d’institutions-clés en plaçant ses représentants au sein des services de sécurité, du pouvoir judiciaire, des médias et de la société civile, et y diffuse son idéologie. Ses idées ont imprégné la droite traditionnelle, qui s’est délestée de son vernis libéral-démocrate et est aujourd’hui pratiquement indiscernable de la droite colonisatrice. Même l’électorat ultraorthodoxe, historiquement non sioniste, s’est rapproché du nationalisme religieux.
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