“Quand on parle de l’économie britannique, la morosité et la sinistrose ne sont jamais bien loin”, regrette The Observer. Les chocs successifs causés par le Brexit, la pandémie de Covid-19, puis la guerre en Ukraine ont secoué les fondations économiques du pays. Et entamé la confiance de la presse britannique. Si bien que chaque bonne nouvelle est accueillie avec “surprise” par les principaux journaux britanniques. “Le chômage recule et illustre la surprenante résilience du marché de l’emploi”, titre par exemple The Times ce mardi 20 octobre. “La croissance a été plus forte que prévu au mois d’août”, informait de son côté The Guardian la semaine dernière.
Car derrière une indéniable crise du pouvoir d’achat outre-Manche et la hausse continue de la charge de la dette, les principaux indicateurs macroéconomiques britanniques affichent une santé encourageante. “La performance du pays a été résolument médiocre ces dernières décennies, et les défis restent nombreux, tempère le journaliste économique Ben Zaranko, dans les colonnes de The Observer. Mais malgré ma prédisposition naturelle à la prudence, je suis plutôt optimiste.”
Félicitations du FMI
Sur la première moitié de l’année, le Royaume-Uni a ainsi affiché une croissance supérieure aux autres États du G7. “Au deuxième trimestre, le PIB était 1,8 % plus important qu’à la même période l’an dernier, précise l’hebdomadaire de gauche. Le chiffre peut paraître modeste, mais au regard de l’histoire récente, c’est un taux plus qu’honorable.” Dans le même temps, le chômage a reculé à 4,7 % au mois de septembre, tandis que les revenus moyens ont augmenté de 0,1 point. “Ces données viennent mettre un coup d’arrêt au refroidissement du marché de l’emploi”, se félicite le Times.
Cerise sur le gâteau, le Royaume-Uni a reçu jeudi 15 octobre les félicitations du Fonds monétaire international (FMI), contrairement à la France, sommée de “se reprendre en main”, pour ses efforts de réduction du déficit – le pays devrait être le meilleur élève du G7 en la matière à l’horizon 2031 – et de la dette publique. “Le FMI en a profité pour réévaluer à la hausse les perspectives de croissance du pays”, glisse le Financial Times.
IA et capacité d’adaptation
Pour expliquer ce regain, le journal de la City pointe les premiers signes “bénéfiques de l’expansion de l’intelligence artificielle (IA)”. En témoigne la forte croissance enregistrée dans le secteur de la programmation informatique. “Ce n’est pas le seul moteur, car les domaines de la comptabilité et de la recherche scientifique sont aussi en plein essor, mais les petites et grandes entreprises de conseil sont bien placées pour profiter du boom de l’IA”, détaille le quotidien aux pages rose saumon.
“La seconde raison de cette surperformance britannique tient à la résistance plus forte qu’anticipée des entreprises aux pressions causées par la guerre en Iran. Les industriels ont été endurcis par les crises successives et ne citent même pas le conflit dans le top 3 de leurs préoccupations.” Bémol, et de taille, “les chiffres de la consommation restent poussifs” sur fond d’inflation persistante, en particulier dans le domaine de l’énergie.
“Rappelez-vous qu’on a eu un été chaud et une Coupe du monde. Donc même un incompétent aurait réussi à obtenir des bons résultats économiques”, raille le quotidien conservateur The Daily Telegraph, rarement tendre avec l’exécutif travailliste en place.
“Cela étant, force est de reconnaître, que malgré la hausse des taxes sur les entreprises et le renforcement des droits des travailleurs, les innovateurs ont continué d’innover sous ce gouvernement, les entrepreneurs ont continué à prendre des risques et les entreprises à se développer.”
Reste que, entre les comptes dans le vert des entreprises du secteur tertiaire, archidominant outre-Manche, et le portefeuille des citoyens, un fossé demeure, met en garde le Financial Times. À quelques jours de la présentation du budget 2027, événement hautement suivi et ritualisé outre-Manche, “les foyers britanniques auront toujours le sentiment d’avoir perdu en qualité de vie”. À ce stade, “la question cruciale est de savoir si les gains permis par l’IA se traduiront par une plus grande productivité et prospérité dans tous les secteurs de l’économie”.
Pourquoi le Royaume-Uni est condamné à l’énergie hors de prix
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