Manifestants et policiers se sont affrontés mercredi 14 octobre à Tirana, où plusieurs incendies ont été déclenchés, au cours d’une deuxième journée consécutive de violences à la suite de rassemblements d’étudiants qui réclament la démission du premier ministre albanais, Edi Rama.
Les unités antiémeutes ont fait usage de canons à eau et de gaz lacrymogène pour tenter, à de nombreuses reprises, de repousser la foule, forte de plusieurs centaines de personnes, tandis que des protestataires ont pris pour cible le ministère de l’éducation et des commerces, cassant des vitrines.
La nuit précédente, d’importants dégâts avaient été infligés à des immeubles gouvernementaux et plus de 12 personnes avaient été arrêtées, avait annoncé la police, selon laquelle des individus avaient forcé les portes de la mairie, mis le feu à l’intérieur et endommagé d’autres bâtiments.
Mercredi, les manifestants ont lancé des projectiles – en particulier des pavés et des cocktails Molotov –, incendié des poubelles et érigé des barricades le long d’une artère du centre de la capitale albanaise, près du ministère de l’éducation, ont constaté des journalistes de l’Agence France-Presse.
Seize interpellations
Ces derniers ont vu deux personnes en escalader le mur et lancer des fumigènes à l’intérieur du bâtiment abritant ce ministère dont beaucoup de fenêtres avaient été brisées la veille pendant une manifestation. Peu après, une épaisse fumée noire s’est échappée d’une fenêtre, puis les pompiers sont intervenus, étouffant rapidement les flammes.
Mardi, des centaines de personnes s’étaient retrouvées devant le ministère de l’éducation pour exiger la démission du chef du gouvernement et une aide plus importante aux étudiants. Les forces de l’ordre avaient procédé à 16 interpellations. La police a affirmé que ses agents avaient été confrontés ce jour-là à une « violence constante ». Huit manifestants, six policiers, trois journalistes et deux passants ont reçu mardi des soins médicaux, notamment en raison du gaz lacrymogène, a assuré le ministère de la santé.
L’Union européenne (UE), que l’Albanie aspire à rejoindre, a quant à elle fait part de sa préoccupation face à ce qu’elle a qualifié d’« escalade de la violence ». « Nous prenons acte des allégations de recours excessif à la violence par la police à l’encontre de manifestants et de journalistes », a déclaré la délégation de l’UE à Tirana. Exhortant à une enquête, elle a encouragé « toutes les parties à faire retomber la tension ».
Ces violences font suite à plus de quatre mois de manifestations antigouvernementales déclenchées par un projet d’hôtel de luxe dans une réserve naturelle côtière, lié à Ivanka, une des deux filles de Donald Trump, et à son mari, Jared Kushner. Ce projet a attisé la colère face à des soupçons de corruption et à un manque de transparence.
Les étudiants ont relayé ces revendications, tout en expliquant aux médias albanais que le rassemblement de mardi visait à dénoncer les conditions dans les universités, les frais de scolarité et le manque de soutien apporté à la jeunesse.