Des heurts ont opposé manifestants et policiers pour la troisième journée consécutive, jeudi 15 octobre, à Tirana, le premier ministre, Edi Rama, condamnant le « chaos » qui a gravement endommagé la veille des bâtiments gouvernementaux.
La police a utilisé des gaz lacrymogènes et des canons à eau pour disperser les manifestants qui défilaient sur plusieurs grands axes autour de la capitale albanaise jeudi matin, tandis que les protestations s’étendaient à d’autres villes.
Des milliers de manifestants réclament la démission d’Edi Rama et davantage de soutien pour les étudiants du pays, dénonçant de mauvaises conditions universitaires et des frais de scolarité élevés. Mardi et mercredi, de violents affrontements ont eu lieu pendant plusieurs heures entre la police et les manifestants à Tirana, lorsque ces derniers ont forcé l’entrée de plusieurs bâtiments officiels et en ont incendié au moins un.
Lorsque les manifestations ont repris jeudi matin, la police a repoussé les foules qui tentaient de s’approcher du ministère de l’éducation, tandis que des manifestants lançaient des pierres sur les forces de l’ordre, a constaté un journaliste de l’Agence France-Presse.
Selon la police, 65 personnes ont été arrêtées lors des protestations de mercredi. Selon le ministère de la santé, au total, 89 personnes, dont 61 policiers, ont reçu des soins médicaux dans deux hôpitaux de Tirana. Quatre policiers et deux manifestants étaient toujours hospitalisés jeudi, selon le même communiqué.
Accusations de recours excessif à la force par la police
Le premier ministre devait rencontrer le groupe parlementaire de son parti jeudi matin, alors que des collectifs de manifestants diffusaient un « ultimatum » exigeant sa démission avant 13 heures. Mais avant même l’expiration de ce délai, les manifestants avaient déjà commencé à se heurter à la police, érigeant des barricades de fortune et incendiant des poubelles.
Des images diffusées par les médias locaux montraient également des manifestants faisant face aux policiers dans les villes côtières du sud, tandis que des informations faisaient état d’étudiants de Korçë brisant les vitres de leurs écoles et bloquant les rues.
Edi Rama a publié une vidéo sur sa page Facebook le montrant en train de visiter les restes calcinés d’un bureau sur un campus de Tirana. « Aujourd’hui, ce sont les ruines laissées par des mains qui ne sont pas, et ne pourront jamais être, des mains d’étudiants », y a assuré le premier ministre, imputant la violence à des responsables de l’opposition. Ce sont ses premiers commentaires publics depuis le début des manifestations. « Tous ceux qui ont contribué à ce chaos en paieront certainement le prix », a-t-il ajouté.
La délégation de l’Union européenne (UE) à Tirana a réitéré ses précédents appels à la désescalade, condamnant fermement « l’escalade de la violence ». « Nous appelons les manifestants à faire preuve de retenue (…). La violence n’a pas sa place dans les démocraties », a-t-elle affirmé dans un communiqué. Mercredi, l’UE avait également demandé une enquête rapide sur les accusations de recours excessif à la force par la police.
Depuis plus de quatre mois, les manifestations antigouvernementales en Albanie rassemblent régulièrement des milliers de personnes. Déclenchées par un projet d’hôtel de luxe lié à la fille de Trump, Ivanka, et à son gendre, Jared Kushner, elles sont devenues le symbole de la corruption présumée et des inégalités dans le pays.