Musique. En Amazonie, le rap comme arme pour défendre les territoires autochtones
La première fois que le rappeur Willan Gualinga est monté sur scène, il faisait face à une dizaine de personnes de sa communauté de Sarayaku, en Amazonie équatorienne.
“Il se rappelle que ses mains suaient et que son corps tremblait. Sa bouche ne parvenait pas à sortir tous les mots qui lui traversaient l’esprit”, écrit le média américain dédié à l’environnement Mongabay.
Trois ans après ses débuts, Taki Supay – c’est son nom d’artiste – a de nouveau interprété Allpamanda kawsay manda jatarishun (“Levons-nous pour la Terre et la vie”), en kichwa, devant des milliers de personnes, au festival Rizoma de 2026, à Puyo, dans l’est de l’Équateur.
La chanson raconte la résistance de son village face à une compagnie pétrolière qui cherchait à s’installer sans autorisation sur son territoire. Une affaire qui est remontée jusqu’à la Cour interaméricaine des droits de l’homme.
Son rêve ? “Avoir à Sarayaku un studio où les jeunes puissent venir faire de la musique”, dit-il, conscient des difficultés à produire des morceaux de qualité au fond de la jungle.
Willan Gualinga n’est pas le seul à avoir trouvé dans le rap en langue autochtone une forme d’expression, mais aussi de résistance culturelle, pour faire connaître ses traditions et ses savoirs jusqu’à l’autre côté de la planète.
En Équateur, 7,7 % des 18,4 millions d’habitants s’identifient comme indigènes.
Cette population est répartie entre 14 nations autochtones, principalement dans les Andes et en Amazonie, cette forêt de près de 7 millions de kilomètres carrés que se partagent 9 pays.
Tzitzanu, originaire du territoire sápara, vit dans le sud de l’Amazonie. Son nom signifie “le premier homme qui est arrivé sur Terre pour enseigner la science et l’art”.
Il aime le rap parce qu’il lui permet d’“exprimer beaucoup de choses en peu de temps”, explique ce chanteur de 28 ans. Parmi ses sujets de prédilection : les effets de l’industrie pétrolière sur son territoire.
“Nous sommes une révélation, une évolution / Une révolution contre la trahison, l’exploitation et la destruction”, l’entend-on rapper dans Aiteka kaja pawetsa kaje (“Enracine-toi”).
Sa langue, sur le point de s’éteindre, a été reconnue par l’Unesco, alors que seules 5 personnes de plus de 70 ans la parlaient encore parfaitement. Aujourd’hui, il n’en reste plus qu’une.
“Je ne veux plus voirnos rivières contaminées /Je ne veux plus voirnotre forêt détruite /Je ne veux plus voirde maladies causéespar le pétrole /Je ne veux plus voirde morts sur mon territoire.”
Misa17 (Misael Criollo) dans Ingi tsampi (“Notre jungle”) en langue a’ingae
L’oncle de Misael Criollo, 19 ans, originaire de la communauté a’i cofán de Dureno, dans le nord de l’Amazonie équatorienne, a été assassiné en 2023 alors qu’il s’opposait à l’arrivée de Texaco et de Petroecuador sur son territoire.
Mais “Eduardo [Mendúa] vit, et la lutte continue”, rappe-t-il sous le nom de Misa17.
Il porte une chemise inspirée des vêtements traditionnels de son peuple, allongée pour lui donner une touche urbaine, et milite pour la décontamination du bassin du fleuve Puyo.
Grâce au clip qu’il a enregistré, il espère que “le monde va se rendre compte de tous les problèmes qui touchent [sa] communauté”. Et qu’“un jour [elle] recevra plus d’aide”.
Ces rappeurs voient aussi dans cette musique un moteur de changement, capable d’inciter d’autres jeunes à prendre conscience des dangers qui menacent l’Amazonie. Et de la nécessité de la défendre.
Selon MapBiomas, relayé par Mongabay, 63 % des territoires indigènes de l’Amazonie sont menacés par des concessions pétrolières, auxquelles s’ajoutent les activités minières.—
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