Alors que le Brésil se félicite de la baisse de la déforestation en Amazonie, grâce aux renforcements des contrôles et à la multiplication des sanctions prises depuis 2023 par le gouvernement de Lula da Silva, la situation en Bolivie est alarmante.
Ce pays d’Amérique du Sud, bien plus petit que le Brésil et l’un des plus pauvres du sous-continent, “a enregistré en 2025 la deuxième plus grande perte de forêt tropicale au monde”, rapporte Bloomberg dans un long reportage. La région de Chiquitania (dans le sud-est du pays), où se trouve la plus grande forêt tropicale sèche de l’Amérique du Sud, réputée pour sa biodiversité, est notamment devenue “l’écosystème le plus menacé de la région”, du fait de graves incendies et de l’expansion de l’élevage et de l’agriculture.
Dans cette région située à la frontière avec le Brésil, les populations autochtones sont les premiers témoins de cette destruction. Pour elles, “la forêt est bien plus qu’un simple ensemble d’arbres. C’est la ‘grande maison’ (la ‘casa grande’) où cohabitent la communauté, les rivières, les animaux, les êtres spirituels et la mémoire de leurs ancêtres. Pour elles, préserver les forêts, c’est préserver la vie”, rappelle le journal bolivien La Región. Or, les données analysées par le consortium journalistique Amazonía Traficada montrent que, entre 2003 et 2023, plus de 186 500 hectares de forêt ont été déboisés dans les 48 territoires autochtones du bassin amazonien bolivien.
Pis, alors qu’en 2024 des incendies ont ravagé une partie des forêts, et que les Chiquitans fuyaient leur “casa grande” pour sauver leur vie, “des groupes spécialisés dans l’oppression et le trafic foncier ont pénétré sur le territoire et ont commencé à abattre des arbres centenaires qui avaient survécu à l’incendie”, raconte Mongabay.
Des lois moins strictes qu’au Brésil
La crise économique terrible qui sévit en Bolivie agit aussi comme un puissant moteur de déforestation. Due à une inflation galopante, à une chute des revenus tirés du gaz naturel et à l’épuisement des réserves de devises internationales, cette crise a provoqué une grande révolte sociale au printemps, au cours de laquelle les manifestants ont demandé le départ du nouveau président conservateur, Rodrigo Paz.
Alors que ce dernier compte sur le soja et d’autres cultures d’exportation pour soutenir la croissance, les experts craignent à présent un relâchement des normes environnementales “laxistes” déjà en vigueur dans le pays, qui ont fait de la déforestation “une activité spéculative”, souligne un expert cité par Bloomberg. Si la déforestation est interdite dans les zones sensibles, les amendes sont faibles et les transformations d’utilisation des sols, relativement faciles.
Cette déforestation est en partie “alimentée par des producteurs brésiliens à la recherche de nouvelles terres face au durcissement des contrôles environnementaux au Brésil”, explique le site d’information bolivien Brújula Digital.
“Les producteurs brésiliens se sont mis en quête de sites moins coûteux et soumis à une réglementation moins stricte, et les ont trouvés en Bolivie.” Et pour certains bolsonaristes, les normes environnementales plus laxistes de la Bolivie sont “un exemple à suivre”, souligne Bloomberg.
Les risques d’incendie accrus
Entre août 2025 et juillet 2026, la déforestation a chuté de 37 % dans l’Amazonie brésilienne, pour atteindre son niveau le plus bas en dix ans. Par rapport à la fin des années 1980, la surface annuelle soumise à la déforestation a baissé de près de 60 % au Brésil alors qu’elle a augmenté de près de 260 % en Bolivie, explique le média économique américain.
L’ouverture de routes reliant les deux pays facilite cette expansion, en permettant “l’accès des engins, des producteurs et des marchandises à des zones auparavant isolées”, souligne Brújula Digital.
Le danger d’un revirement de la politique brésilienne en matière de protection de l’Amazonie, en cas de victoire de Flávio Bolsonaro aux élections présidentielles d’octobre, inquiète les scientifiques. Essentielle pour le climat et la biodiversité de la planète, l’Amazonie pourrait commencer à se transformer en “un paysage plus sec, semblable à une savane, dès que le taux de déforestation atteindra le seuil de 20 à 25 %”, rappelle Bloomberg. Or, la région a déjà perdu 16 % de sa végétation indigène, selon le réseau universitaire de surveillance des forêts de l’Amazonie MapBiomas.
En Bolivie, les experts craignent, en outre, que “la combinaison du réchauffement climatique, des températures élevées et des sécheresses prolongées augmente le risque d’incendies extrêmes dans les années à venir”, s’inquiète le journal local La Patria.
Au Brésil, la “loi de la dévastation” menace l’Amazonie et toute la planète
Commentaires (0)
Laisser un commentaire
Aucun commentaire. Soyez le premier !