L’armée israélienne a déplacé entre 150 et 250 familles à Hébron, plus grande ville du territoire palestinien occupé depuis 1967, notamment dans la nuit, et poursuit ses opérations sur place samedi 24 octobre, au lendemain d’une attaque meurtrière au cours de laquelle deux soldats israéliens ont été tués.
L’Autorité palestinienne a réclamé samedi des pressions internationales sur Israël allant au-delà de simples « condamnations ». Face « aux menaces grandissantes de déplacement de population, de destruction, il faut une action internationale urgente », a déclaré le ministère des affaires étrangères palestinien, demandant des « mesures concrètes et dissuasives ».
Dans le quartier d’Ein Deir Baha, entre deux collines, des immeubles ont été marqués d’une croix, pour signaler qu’ils ont été vidés de leurs habitants, selon des journalistes de l’Agence France-Presse (AFP) sur place. Les rues sont désertes. Aucun habitant dehors, seuls circulent les véhicules de l’armée israélienne, présente en force. Sur une maison dans les hauteurs, un drapeau israélien flotte désormais.
Benyamin Nétanyahou joue sa survie politique
Un tiers de la ville est pour l’heure ciblé, estime pour l’AFP le gouverneur de Hébron, Khaled Dudin. « Ils ont commencé par le quartier dont étaient originaires les assaillants, mais nous n’avons aucune garantie que l’opération ne s’étendra pas », ajoute-t-il, dénonçant une « punition collective » contre des civils innocents. « Nous allons fournir des solutions d’hébergement et de l’aide à ces gens », assure le maire auprès de l’AFP.
L’armée israélienne a déclaré procéder à « des recherches précises, ciblées et approfondies » dans le quartier d’où étaient originaires les deux assaillants, tués dans l’attaque. L’opération pourrait durer plusieurs jours, selon cette même source, comme souvent après des attaques palestiniennes.
Mais Benyamin Nétanyahou – qui jouera sa survie politique lors du scrutin mardi, et s’était rendu à Hébron vendredi – a avancé qu’une opération de plus grande ampleur se préparait, « comme il n’y en a pas eu depuis la guerre des Six-Jours » en 1967. Son ministre suprémaciste chargé de la sécurité nationale, Itamar Ben Gvir, candidat aux législatives, a de nouveau appelé vendredi au démantèlement de l’Autorité palestinienne – même si aucun élément ne laisse penser qu’elle aurait un lien avec l’attaque.
Multiplication des raids contre les Palestiniens
Interrogé sur la chaîne I24, le premier ministre a évoqué « une très grosse surprise en préparation » pour l’Autorité palestinienne. « Je neutraliserai cette menace par des moyens que je préfère ne pas détailler pour l’instant », a-t-il dit. La veille, il avait imputé l’attaque au Hamas, au pouvoir dans la bande de Gaza. Le mouvement islamiste, derrière l’attaque du 7-Octobre, ne l’a pas revendiquée, mais s’en est félicité, appelant les Palestiniens à en commettre d’autres.
Elle intervient dans un contexte de tensions croissantes en Cisjordanie, où les colons radicaux, qui bénéficient de la tolérance voire du soutien du premier ministre, multiplient les raids de plus en plus violents contre les habitants palestiniens.
Le groupe de défense des droits humains israélien Yesh Din a comptabilisé 672 incidents ces 26 derniers jours, selon le média israélien Times of Israel, la moitié durant la récolte des olives par les Palestiniens, traditionnellement une occasion opportune d’exactions de la part de colons. Les derniers sondages électoraux donnent Benyamin Nétanyahou au coude à coude avec son principal rival Gadi Eisenkot, centriste et ancien chef de l’armée, également opposé à un Etat palestinien, mais qui a promis de s’attaquer à la violence des colons.