La rhétorique est rodée, de toute façon implacable tant elle a pris racine dans les esprits conquérants des agriculteurs israéliens qui essaiment dans la vallée du Jourdain, en Cisjordanie occupée. Cette longue plaine fertile, devenue le territoire privilégié de l’implantation israélienne au tournant des années 1970, est aujourd’hui l’un des foyers les plus actifs de la colonisation agricole. Fermes et avant-postes pastoraux ont progressivement étendu leur emprise à coups de clôtures et de pâturages ; un simple troupeau suffit parfois à repousser les Palestiniens hors de leurs terres.
Pour légitimer cette poussée vers l’est, les colons puisent dans tout ce que leur fournit le récit national israélien : promesses bibliques, références historiques, impératif sécuritaire, jusqu’à convoquer le plus funeste de l’histoire. « Je n’ai pas à m’excuser d’être ici. C’est vous, les Européens, qui nous avez poussés à venir en jetant nos ancêtres dans les fours crématoires », clame Kuki Elbaz, 42 ans, propriétaire de quelque 200 hectares de dattiers, répartis dans plusieurs villages de la vallée.
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