Le mercredi 23 septembre 2026, Santa Marta, joyau touristique des Caraïbes colombiennes, a entamé une deuxième journée de confinement imposé par les Autodefensas Conquistadoras de la Sierra Nevada (ACSN), en représailles à une offensive gouvernementale qui a tué l’un de leurs chefs.

Près de 1 100 soldats et policiers ont été déployés dans la ville sur ordre du président d’ultradroite Abelardo de la Espriella. Mais la capitale du Magdalena reste paralysée par “la terreur et la peur des représailles”, écrit le journal local Hoy Diario Magdalena.

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Le président a eu beau se mettre en scène patrouillant dans les rues, en véhicule blindé et arme à la ceinture, “les gens préfèrent rester chez eux plutôt que d’exposer leurs vies” après la publication sur les réseaux sociaux de vidéos montrant des hommes cagoulés tirant sur des commerces restés ouverts.

“Les rues sont désertes, les commerces fermés et la circulation très limitée, ce qui nous montre une ville impuissante et soumise au règne de la peur instillée par les groupes illégaux.”

Cette crise constitue “le premier grand défi sécuritaire” qu’affronte Abelardo de la Espriella, investi le 7 août après avoir promis une guerre “sans pitié” contre les groupes armés encore actifs après l’accord de paix signé en 2016 avec la guérilla des Farc.

Une défaite face à cette organisation, née des cendres de groupes paramilitaires d’extrême droite et composée de 800 à 1 000 hommes – alors que le pays compte près de 29 000 combattants illégaux –, “pourrait miner l’image de fermeté qu’il veut refléter”, avertit le média en ligne La Silla Vacía. C’est pourquoi “il assume la levée de la grève armée, décrétée comme un défi personnel où il joue sa crédibilité”.

Mais si les ACSN, aussi connues sous le nom de Pachencas, parviennent à imposer leur loi malgré les survols d’hélicoptères et d’avions militaires, et le déploiement de troupes au sol, c’est qu’ils disposent d’un pouvoir “qui va au-delà de celui des armes”, explique le journal El Tiempo.

Le groupe exerce dans le département du Magdalena, dont Santa Marta est la capitale, une autorité de facto depuis près de trente ans, avec son propre système de justice et un vaste réseau d’extorsion et de microtrafic qui lui permet aujourd’hui de mener une action criminelle d’une ampleur “sans précédent”.

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La présence de l’armée peut permettre de reprendre certains secteurs, mais pas de garantir durablement le contrôle de la ville, explique à ce quotidien le chercheur Luis Fernando Trejos. Car “on ne peut pas poster un militaire dans chaque rue” : les autorités risquent donc d’être pris dans un jeu du chat et de la souris, des hommes armés à moto attaquant les points non couverts avant de disparaître.

Un choix politique

Cette crise illustre aussi le choix politique du nouveau président, qui a fait de la rupture avec les négociations de “paix totale” menées sans succès par son prédécesseur, le dirigeant de gauche Gustavo Petro, l’un de ses principaux marqueurs, sous l’aile de Washington, de sa propre “guerre contre le narcoterrorisme”.

C’est la mort de José Luis Pérez Villanueva, numéro 2 des ACSN, lors d’une opération de la police, avec six autres combattants, qui a déclenché la “grève armée”. Et si aucun mort n’est à déplorer pour l’instant, la facture est déjà lourde pour cette ville touristique. La chambre de commerce estime les pertes économiques à près de 14 millions de dollars (plus de 12 millions d’euros), assure El Espectador, tandis que l’occupation hôtelière est en chute libre et que les États-Unis recommandent à leurs ressortissants d’éviter de se rendre dans la région.