Le Parlement hongrois, monocaméral, a élu Andras Baka comme chef de l’Etat, mardi 11 août. Il a recueilli 140 voix pour, six contre et aucune abstention alors que le Parlement est dominé par le parti au pouvoir pro-européen Tisza, qui détient la majorité des sièges. En Hongrie, le président occupe une fonction essentiellement protocolaire, le pouvoir exécutif réel revenant au premier ministre.
Andras Baka succède à Tamas Sulyok, allié de Viktor Orban et dont Péter Magyar, nouveau premier ministre conservateur et pro-européen investit en avril, a écourté le mandat par un amendement constitutionnel. Cette destitution s’inscrit dans la volonté de M. Magyar de desserrer l’emprise de son prédécesseur sur les institutions d’Etat, après avoir mis fin aux seize années de pouvoir du dirigeant nationaliste lors des dernières élections législatives.
Connu comme « le juge qui a dit non » à Viktor Orban, Andras Baka, 73 ans, avait été destitué de la présidence de la Cour suprême du jour au lendemain, en 2012, pour avoir dénoncé comme une purge déguisée de la magistrature l’abaissement de l’âge de départ à la retraite des juges, ramené de 70 ans à 62 ans. La Cour de justice de l’Union européenne a eu beau juger cette loi contraire au droit communautaire, Viktor Orban n’avait pas reculé. La Cour européenne des droits de l’homme a donné raison à Andras Baka en 2014, estimant que la mise à l’écart de cette personnalité avait pour objectif d’intimider le corps judiciaire.
Des ONG s’inquiètent de l’éviction de Tamas Sulyok
Péter Magyar avait auparavant proposé le poste de président à la championne d’échecs Judit Polgar mais celle-ci avait décliné. Tisza avait alors dit avoir choisi Andras Baka parmi trois candidats, au cours d’un vote à bulletins secrets. De son côté, le parti Fidesz de Viktor Orban avait annoncé qu’il boycotterait le vote, qu’il juge « illégitime » après le raccourcissement du mandat de Tamas Sulyok.
Des ONG de défense des droits humains, notamment Human Rights Watch, ont critiqué cette éviction, considérant qu’elle rappelait les méthodes utilisées par Viktor Orban pour remodeler les institutions hongroises.
Le mois dernier, M. Baka avait estimé auprès de l’Agence France-Presse que cette destitution n’aurait effectivement pas dû avoir lieu « dans un pays régi par l’Etat de droit » mais que la Hongrie était devenue « un Etat captif sous Orban ». Selon lui, le président avait en effet été nommé « pour assurer la survie politique de l’ancien système, même après une défaite électorale ».
D’après Péter Magyar, le nouveau chef de l’Etat ne devrait exercer qu’une partie de son mandat, jusqu’à l’achèvement du processus de réécriture de la Constitution, prévu pour durer un an à un an et demi. Le premier ministre promet d’entamer des consultations à ce sujet le mois prochain.