Dans les villages de Lebung Itam et Kuro, dans le sud de Sumatra, l’air est devenu “épais et poisseux, comme à l’intérieur d’un fumoir à poisson”, rapporte l’édition indonésienne de The Conversation. La région est pourtant habituée aux fumées – elles rythmaient autrefois le calendrier agricole, lorsque les paysans brûlaient les parcelles défrichées pour préparer les semis.

Mais les épaisses fumées qui enveloppent les villages depuis plusieurs semaines sont d’une tout autre ampleur. Alimentées par des incendies de forêt et de tourbière devenus incontrôlables, elles rendent l’air irrespirable et contraignent habitants et agriculteurs à un “confinement domestique”.

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À Palangka Raya, sur l’île voisine de Bornéo, la concentration de particules fines PM2,5 a atteint 990,5 µg/m³, soit près de quatre fois le seuil “dangereux”, fixé à 250,5 µg/m³. Certains habitants tentent de colmater les interstices au ruban adhésif, rapporte le média. Mais sans mesure ferme, “la maison, qui devait être un refuge, risque de devenir une prison étouffante”.

“Terrorisme écologique”

Pendant des générations, le recours au feu pour défricher a fait partie des savoirs agricoles des communautés locales, une pratique encadrée par les règles coutumières. Tout a changé, explique Kompas, avec le développement des activités minières et des industries agro-industrielles, qui ont pris le contrôle de millions d’hectares pour y développer des cultures intensives et creusé d’immenses réseaux de canaux, asséchant les tourbières. Celles-ci, au lieu de retenir l’eau, sont ainsi devenues de vastes réservoirs de combustible.

Pour le quotidien, les populations autochtones sont “deux fois victimes” : le paysage dont dépend leur mode de vie est détruit, puis elles se voient imputer la responsabilité d’incendies qui surviennent précisément dans ce paysage transformé par l’industrie.

Cet été, le Forum indonésien pour l’environnement (Walhi) a publié une liste de 372 entreprises dont les concessions recoupent la cartographie des incendies. Mais cinq seulement ont vu leur licence d’exploitation retirée, tandis que le président Prabowo Subianto a appelé à qualifier certaines pratiques de brûlage de “terrorisme écologique”, rejetant l’argument des savoirs coutumiers comme une simple “excuse” pour les populations locales, rapporte le média Pewarta.

Respirer, un privilège de classe

Les répercussions ne sont pas seulement écologiques. En l’espace d’un mois, le ministère de la Santé a recensé près de 175 000 cas d’infections respiratoires aiguës dans les zones touchées de Sumatra et de Kalimantan, dont 40 363 chez des enfants de moins de 5 ans.

Des répercussions qui recoupent les inégalités sociales, estime The Conversation. “La possibilité de respirer un air plus sûr dépend de plus en plus des moyens financiers dont disposent les individus”, écrit le média. D’un côté, ceux qui peuvent au moins s’acheter un purificateur d’air et aménager leur logement pour limiter leur exposition. De l’autre, les journaliers et les agriculteurs, contraints de choisir entre “réduire leur exposition aux substances toxiques et préserver leurs sources de revenus”.