Le dessin publié en une de l’hebdomadaire conservateur polonais Wprost est on ne peut plus explicite. Il montre une femme fuir une maison calcinée qu’elle porte symboliquement sur son dos, main dans la main avec une fillette. La façade de la maison affiche l’inscription “Go Home” (“Rentre chez toi”). Dans son édition datée du 20 juillet 2026, le journal reproduit sa une du 11 mars 2022 (voir ci-contre), dans les premières semaines de l’invasion à grande échelle de l’Ukraine par la Russie, figurant la même femme trouvant refuge en Pologne. Un million d’Ukrainiens se sont mis à l’abri en Pologne depuis 2022, venant s’ajouter à une communauté d’au moins 500 000 Ukrainiens déjà présents dans le pays.
Or les médias polonais rapportent ces dernières semaines de violentes agressions dont ont fait l’objet des citoyens ukrainiens en Pologne. Fin juin, une vendeuse dans une supérette, à Gdansk (nord de la Pologne), a été traitée par un client de “sale Ukrainienne”, alors qu’elle refusait de lui vendre de l’alcool. Deux semaines plus tard, à Bielsko-Biala, dans l’ouest du pays, un homme a proféré contre deux adolescentes ukrainiennes cette phrase rapportée par Wprost : “Vous les merdeux, vous avez grandi à nos crochets. Ça sera bientôt fini. Vous allez dégager en Ukraine”.
Dans les deux cas, les agresseurs ont été arrêtés. Mais la presse polonaise, à l’instar du quotidien Rzeczpospolita, s’alarme d’une augmentation de 30 % des “crimes de haine” déclarés à la police par des Ukrainiens sur les sept premiers mois de 2026 par rapport à la même période en 2025 (275 contre 180). Ce climat hostile se nourrit d’un conflit mémoriel sur les massacres perpétrés en 1943 par l’armée insurrectionnelle ukrainienne, l’UPA, contre des populations polonaises, dans ce qui est aujourd’hui l’ouest de l’Ukraine.
“Il est regrettable que les relations polono-ukrainiennes soient prises en otage par la politique intérieure des deux pays”, déplore l’historien polonais Tomasz Nalecz, interrogé par Wprost. Cet ex-conseiller de l’ancien président polonais Bronislaw Komorowski souligne néanmoins que la “société polonaise ne tolère pas” ces actes d’agression. Dans son quartier de Varsovie, “près d’un cinquième des élèves sont issus de familles ukrainiennes. Or il n’y a aucun conflit, ni entre les enfants ni entre les parents”.
Un ancien élu de droite, Tadeusz Cymanski, du PiS (Droit et Justice), constate pour sa part un “scénario tragique”, puisque “ces dernières années ont vu les forces nationalistes se consolider en Ukraine, tandis que le sentiment anti-ukrainien s’est fortement accru en Pologne”. L’ex-politicien appelle à “cesser d’instrumentaliser la question [historique] à des fins électoralistes”.
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