“Un problème de sangliers”, titre Polityka, l’hebdomadaire progressiste polonais, en une de son numéro sorti le 21 octobre. En page de couverture, un sanglier semble fixer la lunette de visée d’un fusil au cœur d’un lotissement résidentiel. “Les sangliers ont emménagé dans les villes polonaises et ne sont pas près d’en repartir”, constate Polityka, qui a mené l’enquête.
Le phénomène n’épargne pas la petite ville de Witnica (6 000 habitants), dans l’ouest du pays, où des adultes et des marcassins ont investi une crèche le mois dernier avant d’être chassés du terrain de jeu sur lequel les parents se préparaient à conduire leurs enfants. Le maire confirme au journal que les alertes données par les habitants pour signaler des sangliers dans leur localité ont été multipliées par sept en moins d’un an, atteignant fin septembre un total de 86 signalements. Le répulsif et les pétards n’ayant guère produit d’effet, la municipalité s’est résolue à l’abattage.
Les statistiques disponibles en Pologne mettent en évidence une présence de ces animaux plus ou moins marquée selon les communes. Un paroxysme étant atteint dans la capitale, où la population de sangliers frôlerait les 7 000 têtes et où près de 2 000 de ces cochons sauvages ont été abattus entre 2022 et 2026, selon Polityka. Leur présence devient de plus en plus problématique, note l’hebdomadaire. À Varsovie, une passante attaquée par un sanglier a atterri à l’hôpital avec une “hanche luxée et fracturée” et des collisions avec des véhicules sont aussi à déplorer.
Fièvre porcine et étalement urbain
Le phénomène s’explique par plusieurs facteurs, passés en revue par Polityka. D’abord, il y a la fièvre porcine qui sévit en Pologne depuis 2014 et qui a vidé les campagnes de leurs sangliers (abattus de peur que l’épizootie ne se propage). Une partie d’entre eux a fini par trouver refuge dans les villes, où les chasseurs sont moins nombreux et les prédateurs inexistants, où il fait plus chaud l’hiver et où la nourriture abonde dans les poubelles.
Enfin, l’“urbanisation chaotique” des banlieues polonaises, qui grignote forêts, champs et zones humides, porte une importante part de responsabilité.
Alors que les chasseurs préconisent un coûteux “abattage sélectif à grande échelle”, certaines métropoles préfèrent écouter les défenseurs des animaux. La ville de Katowice a par exemple planté dans un quartier périphérique “un hectare de topinambours”, tubercule apprécié des envahisseurs, pour tenter de les retenir hors du centre-ville. Gdynia, sur la mer Baltique, semble quant à elle avoir trouvé la parade en sensibilisant sa population, en clôturant ses écoles et en limitant l’alimentation “intentionnelle ou accidentelle des sangliers” – et aussi en protégeant mieux ses poubelles.
Quand le monde vacille, où se réfugier pour survivre au pire ?
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