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En Russie, un Etat prédateur au service de la guerre
Par Marie JégoEnquête« Le système Poutine » (3/3). Depuis l’invasion à grande échelle de l’Ukraine, en 2022, une vaste redistribution de la propriété est en cours en Russie. Le plus souvent, les actifs d’entrepreneurs jugés déloyaux sont saisis par l’Etat et revendus à des fidèles du maître du Kremlin.
La justice russe sait parfois se montrer magnanime. Le 27 août au soir, le sulfureux homme d’affaires Ilia Traber, 76 ans, était libéré de prison pour « raisons de santé ». Quatre jours plus tard, les charges retenues contre lui – meurtre commandité et trafic d’armes – étaient abandonnées.
Ce revirement était inattendu, car, depuis son arrestation, le 17 juin, son sort semblait scellé, l’enquête en cours depuis plus de cinq ans ayant finalement abouti. Un témoignage, celui de son ancien chauffeur, le désignait comme l’un des commanditaires de l’assassinat d’Alexandre Petrov, un partenaire en affaires, abattu par un tireur d’élite, le 24 octobre 2020, alors qu’il sortait du sauna de sa luxueuse propriété des environs de Vyborg, près de la Finlande.
La libération de « l’antiquaire », le surnom de Traber dans le milieu, a fait jaser à Saint-Pétersbourg, la ville qui lui servit de tremplin. Associé à l’une des mafias les plus puissantes, la Tambovskaïa-Malychevskaïa, il avait réussi, au tournant des années 1990, à s’approprier les ports de la région. L’époque était brutale, et le partage des biens de l’ex-empire soviétique, totalement hermétique à la notion de propriété privée, se faisait à coups de kalachnikov.
Payer pour sortir de prison
Après avoir fait éliminer plusieurs responsables locaux peu coopératifs, parmi lesquels le chargé des privatisations à la mairie, Mikhaïl Manevitch, tué par balle, le 18 août 1997, Traber et ses associés parvinrent à mettre la main sur le port de l’ancienne capitale impériale et sur son terminal pétrolier. Non sans l’aval de la municipalité, plutôt conciliante. Le maire Anatoli Sobtchak (1991-1996) – un « démocrate », comme on disait à l’époque –, soucieux de ne pas se salir les mains, avait confié le portefeuille des relations avec les milieux interlopes à son adjoint au commerce extérieur, Vladimir Poutine, un ancien du KGB rompu aux actions clandestines. C’est ainsi que Traber reçut du maire adjoint, en mai 1996, le monopole de la fourniture de carburant pour l’aéroport Poulkovo, un contrat très juteux.
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