LETTRE DE BANGKOK
Le vénérable Vajirayan, supérieur d’un temple multicentenaire d’Ayutthaya, l’ancienne capitale du royaume de Siam, était connu pour fabriquer des amulettes bouddhiques renommées et vendues fort cher, comme celle appelée « Nuea Duang » (qui élève la destinée). Ce qui ne l’a pas empêché de tomber de son piédestal, et avec fracas : défroqué puis arrêté mi-septembre, l’ex-abbé de 66 ans est en attente de son procès pour avoir détourné 100 millions de bahts (2,7 millions d’euros) des caisses du temple avec la complicité d’une aide laïque, une femme de 47 ans. Douze lingots d’or ont été découverts chez lui, ainsi que d’énormes quantités de cash. Son aide, en faillite personnelle en 2019, possédait quant à elle d’innombrables actifs et était devenue richissime. C’est un disciple qui a dénoncé à la police des malversations, ainsi que le comportement déviant du supérieur.
Car « celui dont la sagesse est comme le diamant » (la signification de Vajirayan) est aussi frappé par l’opprobre pour avoir succombé à la tentation de la chair. Capturés par une caméra de sécurité dans ses appartements, ses ébats avec sa collaboratrice, diffusés floutés à cause de la pénalisation de tout contenu sexuel explicite sur Internet, ont fait des gorges chaudes. Un détail a particulièrement choqué : le couple a eu un rapport sexuel directement sur la table à manger du religieux, ronde et orange safran – la couleur symbole de renoncement et de dignité monastique.
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