Lundi 28 septembre, Mediapart publiait un article dénonçant des écrits antisémites attribués à Jordan Bardella, le président du Rassemblement national (RN). Le site d’information affirme avoir examiné des dizaines de messages privés datant de 2013 à 2015, correspondant aux premières années de l’homme politique au Front national (FN), futur RN. Bardella aurait notamment affirmé que “les banques sont toutes détenues par des Juifs”, mais aussi que le “juif doit dominé [sic] les autres peuples, les écraser et les voler, un sioniste est forcément juif, et en profondeur”. Réagissant à ces révélations, le président du RN a annoncé porter plainte en diffamation et dénoncé une tentative pour “déstabiliser” la campagne de Marine Le Pen pour l’élection présidentielle 2027.
Michaela Wiegel, correspondante à Paris de la Frankfurter Allgemeine Zeitung, nous livre ses réflexions sur cette affaire.
COURRIER INTERNATIONAL : Avez-vous été surprise par les révélations de Mediapart sur les écrits antisémites attribués à Jordan Bardella ? Et pensez-vous que cette affaire puisse avoir un impact sur les équilibres politiques au sein du RN ?
Jusqu’ici, on avait toujours présenté Bardella comme le visage nouveau de ce Rassemblement national, qu’on disait désormais tout à fait nettoyé de ses éléments antisémites. Là, tout d’un coup, si c’est avéré, on découvre que son premier engagement s’inscrivait dans ce mouvement autour d’Alain Soral, où il y avait beaucoup de théories conspirationnistes concernant les juifs, Israël, et même des ministres d’origine juive. Effectivement, ça casse l’image d’un Bardella beaucoup plus présentable que la génération fondatrice du FN. Évidemment, j’attends d’en savoir plus. Le principal intéressé a nié, mais j’imagine que Mediapart va sortir des preuves. Le moment où sort cette affaire est étrange, puisqu’on sent bien que ce duo à la tête du RN est sous tension depuis que Marine Le Pen a déclaré son intention d’être candidate à la présidentielle. On ne voit pas très bien comment vont se résoudre les tensions entre eux. Pour l’instant, c’est l’interrogation qui domine.
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Je m’abonnePensez-vous que des révélations de ce genre peuvent avoir un impact sur le vote à la présidentielle, faire bouger des lignes ? Où le RN est-il désormais trop enraciné pour être déstabilisé par une telle affaire ?
On est assez loin de la présidentielle, et ça risque d’être oublié. Je ne pense pas que ça aura un impact au premier tour, aussi au vu du fait que c’est Marine Le Pen qui sera candidate, et on ne sait pas si elle va dire jusqu’au bout : “Bardella sera mon Premier ministre”. En revanche, je pense que pour gagner une présidentielle, il faut convaincre ces électeurs qui, au premier tour, ne se sont pas mobilisés. Et là, au second tour, ce doute sur la capacité réelle du RN de vraiment être purgé de l’antisémitisme pourrait effectivement jouer un rôle. Certains électeurs pourraient se dire qu’il est risqué de mettre ce parti au pouvoir. D’autant qu’il n’y a pas que le cas Bardella : il y a eu aussi des incidents lors des dernières législatives. À chaque élection, il y a des moutons noirs, comme on dit, qui sont découverts dans les rangs du RN.
Est-ce que cette affaire vous fait penser à des cas similaires en Allemagne ces dernières années ? Est-ce que les réactions sont différentes outre-Rhin, plus fermes, que celles auxquelles on assiste en France aujourd’hui ?
Je pense que depuis un certain nombre d’années, depuis l’essor [du parti de l’extrême droite] de l’AfD, mais aussi du parti de gauche Die Linke, les réactions face à ce genre d’affaires ne sont pas plus dures en Allemagne. Malheureusement, Il y a désormais une tolérance en Allemagne pour des comparaisons ou des explications qui frôlent l’antisémitisme. La rupture entre le RN et l’AFD en 2024 s’était d’ailleurs expliquée par l’absence de volonté, au sein de l’AfD, d’exclure des membres qui s’étaient livrées à des provocations nazies. À gauche aussi, on condamne à la tête du parti, mais il n’y a pas d’exclusions, et on essaie de tout expliquer à travers la politique d’Israël.
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